- Accueil
- Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 : 035-043
Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 : 035-043
ARTICLE ORIGINAL
Staphylococcus aureus Résistant à la Méticilline au laboratoire de microbiologie du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona de 2019 en 2020.
Methicillin-resistant Staphylococcus aureus in the microbiology laboratory of the Joseph Ravoahangy Andrianavalona University Hospital from 2019 to 2020.
Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 : 035-043
M.A Rakotoarisoa1, NJ Zafindraibe1, AM Tsatoromila1, AM Andrianarivelo2, A. Rasamindrakotroka2
- Laboratoire de Microbiologie–Parasitologie–Mycologie, Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHU JRA), Antananarivo, Madagascar
- Faculté de Médecine, Université d’Antananarivo, Madagascar
Auteur correspondant :
RAKOTOARISOA Arinomenjanahary
E-mail : arimalala11@gmail.com
Téléphone : +261340856988
RÉSUMÉ
Introduction : Les infections dues à Staphylococcus aureus résistante à la méthicilline représentent un problème de santé publique, et leur fréquence restent préoccupantes. Les objectifs de cette étude ont été de déterminer la fréquence des Staphylococcus aureus résistants à la méthicilline (SARM) et d’identifier les facteurs de risque associés.
Matériels et méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive et analytique réalisée dans le laboratoire de Microbiologie du CHU-JRA Antananarivo sur une période de 24 mois, de janvier 2019 à décembre 2020.
Résultats : Parmi les 235 cas de Staphylococcus aureus isolés, la prévalence brute de SARM a été de 10,21 % (IC 95 % [6.23-14.07], n=24), 13,43 % en milieu hospitalier et 5,94 % en milieu communautaire avec p = 0,081. La vancomycine a été efficace dans tous les cas. L’utilisation antérieure d’antibiotiques constituait un facteur de risque associé (p=0,000001), significatif notamment pour le métronidazole, la ceftriaxone et la gentamicine ainsi que l’origine hospitalière des échantillons (p = 0,041).
Conclusion : La résistance des souches retrouvées concerne les antibiotiques fréquemment utilisés. Des mesures de contrôle, de surveillance et de prévention doivent être mises en œuvre afin de lutter contre la prolifération des SARM.
Mots clés : Antibiotiques ; SARM ; Résistance ; Staphylococcus aureus
SUMMARY
Introduction : Infections caused by methicillin-resistant Staphylococcus aureus (MRSA) are a public health problem, and their frequency remains a cause for concern. The objectives of this study were to determine the frequency of MRSA and to identify the associated risk factors.
Methods : This is a retrospective, descriptive and analytical study conducted in the Microbiology Laboratory of the CHU-JRA Antananarivo over a 24-month period from January 2019 to December 2020.
Results : Among the 235 cases of Staphylococcus aureus isolated, the crude prevalence of MRSA was 10.21 % (IC 95 %[6.23-14.07], n=24), 13.43 % in hospitals and 5.94 % in community strains with p = 0.081. Vancomycin was effective in all cases. Previous antibiotic use was an associated risk factor (p=0.000001), significant for the use of metronidazole, ceftriaxone, and gentamicin, as well as the hospital origin of the samples (p = 0.041).
Conclusion : The resistance of the strains found concerns frequently used antibiotics. Control, surveillance, and prevention measures must be implemented to combat the proliferation of MRSA.
Keywords : Antibiotics; MRSA; Resistance; Staphylococcus aureus
INTRODUCTION
Staphylococcus aureus a un potentiel de pathogénicité élevé et est responsable aussi bien d’infections communautaires que nosocomiales (1). Associées à plus d'un million de décès annuels (Murray et al., 2022), les infections à Staphylocoques restent prédominantes tant en milieu hospitalier qu’en communauté (2). La résistance aux antimicrobiens du Staphylococcus aureus constitue aujourd’hui un problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale. La découverte en octobre 1960, par le laboratoire de Référence Staphylococcique de Colindale (Londres, Angleterre), de trois isolats de Staphylococcus aureus présentant une concentration minimale inhibitrice (CMI) élevée à la méticilline a permis de mettre en évidence l’existence du Staphylococcus aureus Résistant à la Méticilline (SARM) (3). Les infections dues au SARM sont associées à une augmentation significative de la morbidité, de la mortalité, de la durée d’hospitalisation et des coûts de prise en charge, par rapport aux infections dues à Staphylococcus aureus sensible à la méticilline, et ce malgré un ajustement à la gravité de la maladie et un traitement antibiotique initialement approprié (4). Il est estimé que le risque de décès chez les personnes ayant une infection à SARM est supérieur de 64 % à celui observé chez les patients infectés par des souches non résistantes (5).
En 2019, vingt-cinq pays (Allemagne, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Chypre, Croatie, Fédération de Russie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Irlande, Italie, Kosovo , Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine du Nord, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse), territoires et zones ont fourni des données sur les septicémies dues au SARM dans le cadre du Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (GLASS) fait par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (6). L’analyse de ces données a montré un taux médian de résistance à la méticilline de 12,11 % pour Staphylocoque aureus résistant à la méticilline (6). Dans une étude de revue systématique, sur six ans, de la diversité clonale du SARM en Afrique où 40 % (26/65) des études portaient sur des SARM nosocomiales, tandis que 18 % (12/65) provenaient de la communauté et 18 % du milieu animal/d'élevage (7). En Arabie Saoudite, une étude réalisée dans la ville de La Mecque (Makkah), au sein d'hôpitaux de soins tertiaires durant la période 2007-2008 a rapporté une prévalence de 16 % de SARM parmi les spécimens prélevés dans le cadre d'infections de la peau et des tissus mous/ « Skin and Soft Tissue Infections »(SSTI) et d'infections du site chirurgical (8).
Une étude rétrospective réalisée à Madagascar sur une période de 4 ans (2001-2005) a montré que la plupart des isolats analysés étaient d'origine communautaire (88 %) et provenaient de prélèvements génitaux, urinaires et de pus (9). La prévalence globale du SARM était de 6 %, tandis que pour les infections communautaires et hospitalières, la prévalence du SARM, les taux respectifs était de 7 % et 4 % (9). Une étude fait à l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM) a montré 6,5 % de cas de SARM à partir d’une étude multicentrique sur divers prélèvements bactériologiques archives (9). Une étude menée en 2022 en soins intensifs rapporte une prévalence de 17,4 % de SARM (10). Par ailleurs, les SARM porteurs du gène mecA sont résistants à l’ensemble des bêta-lactamine, mais le linezolide, la daptomycine et les glycopeptides sont encore actives (5).
Afin d’actualiser les connaissances concernant l'épidémiologie et le profil de résistance des SARM aux antibiotiques, une étude rétrospective s’étalant sur 24 mois a été menée, compris entre le mois de janvier 2019 jusqu’au mois de décembre 2020, au service de Microbiologie du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona. (CHU-JRA).
Les objectifs de cette étude étaient de déterminer la prévalence de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline au Laboratoire de Microbiologie CHU-JRA Antananarivo, de décrire le profil de sensibilité des souches de SARM isolés vis-à-vis des différentes familles d’antibiotiques, d’identifier les facteurs de risque associés aux infections à SARM et de proposer des pistes d’amélioration pour la prise en charge des patients infectés par ces souches.
-
- Type et cadre d’étude
L’étude a été effectuée dans la région Analamanga, commune d’Antananarivo Renivohitra au IVème arrondissement, au sein du service de Microbiologie du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHU-JRA). Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive et analytique qui a été réalisée sur une période de deux ans comprise entre le mois de Janvier 2019 jusqu’au mois de Décembre 2020. L’étude a intéressé les données dans les registres de résultats concernant les examens bactériologiques des échantillons prélevés sur différents sites chez des patients hospitalisés ou non et analysés au laboratoire de Microbiologie du CHU-JRA, suivi d’un test de sensibilité aux antibiotiques (antibiogramme).
-
- Population et critère d’inclusion
Ont été inclus dans cette étude tous les patients inscrits dans le registre des résultats bactériologiques durant la période d’étude ayant présenté des résultats de cultures positives au Staphylococcus aureus. Ont été considérés comme positifs tout résultat des examens cytobactériologiques mentionnant la présence de Staphylococcus aureus sensible ou résistant à la méticilline. Les variables étudiées ont été constitués par les paramètres sociodémographiques (âge et genre), les renseignements cliniques, les services prescripteurs (externes ou hospitalisés), la nature des prélèvements (pus, sang ou crachats), la prise antérieure d’antibiotiques, les résultats de la culture, les résultats de l’antibiogramme. Le critère de positivité étant tout échantillon ayant détecté les SARM.
-
- Analyses microbiologiques :
L'identification a été réalisée selon les méthodes conventionnelles (Gram, Catalase, Coagulase). La sensibilité aux antibiotiques a été déterminée par la méthode de diffusion de disques selon les recommandations décrites par le CA-SFM 2020 (Comité de l’Antibiogramme de la société Française de Microbiologie). Un inoculum de 5.106 UFC /ml a été préparé pour chaque souche bactérienne puis placé dans le milieu de culture qui est le bouillon Mueller-Hinton. La condition d’incubation est une température à 35±2°C en aérobiose pendant 16 à 24h.
La résistance à la méticilline chez Staphylococcus aureus est effectuée à l’aide d’un disque de céfoxitine. Le diamètre critique pour la détection de Staphylococcus aureus résistant à la Méticilline est un diamètre inférieur à 22mm selon l’indication du CA-SFM (Comité d’antibiogramme de la Société Française de Microbiologie) 2020.
-
- Définition des cas SARM d'origine hospitalière et SARM d'origine communautaire
- SARM d'origine hospitalière (SARM-AH) : Cas où la culture est positive plus de 48 heures après l'admission.
- SARM d'origine communautaire (SARM-Co) : Cas où la culture est positive moins de 48 heures après l'admission (ou en ambulatoire) et où le patient n'a aucun antécédent de soins ou facteur de risque documenté.
La saisie des données et le codage des variables ont été réalisés sur le logiciel Microsoft Excel 2019. L'analyse descriptive a permis de calculer les fréquences et les moyennes.
Pour répondre aux exigences de précision, les intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %) ont été calculés pour les proportions principales (méthode de Wald).
L'analyse analytique (recherche de facteurs de risque) a consisté à comparer les proportions entre le groupe SARM et le groupe SASM. En raison de la taille réduite de l'échantillon SARM (n=24), le test exact de Fisher a été utilisé préférentiellement au test du Chi-2 pour garantir la validité des résultats. Le seuil de significativité statistique a été fixé à p < 0,05.
La collecte a commencé après l’obtention préalable de l’accord du chef de service du laboratoire de Microbiologie de CHU-JRA ainsi que l’accord provenant de la Faculté de Médecine d’Antananarivo.
La confidentialité sur le contenu et les informations obtenues ont été respectées. Tous les renseignements reçus ont été gardés par respect du secret professionnel.
Il s’agit d’une étude monocentrique; les résultats ne concernant que ceux du service du laboratoire de l’UPFR de Microbiologie de CHU-JRA et ne pourront pas être extrapolés pour des données nationales. Aussi, étant rétrospective, l’interprétation des données dans cette est limitée. Et c’est pourquoi, l’issue des patients dont le résultat qui a été positif ne sont pas étudiée. De plus, il n’y avait pas eu de test moléculaire (gène mecA, PBP2A) pour la détection génotypique de la résistance à la Méticilline.
Sur les 2221 prélèvements analysés, 235 étaient positifs à S. aureus, soit une positivité globale de 10,58 %. L’âge moyen des patients était de 30,07 ans (± 18,42), avec des extrêmes de 1 mois et 82 ans. La tranche d’âge la plus touchée était celle des 0-10 ans (21,70 %). Une prédominance masculine a été notée avec un sex-ratio de 1,23 (130 hommes/105 femmes).
II.2. Origine et nature des prélèvements
Les souches provenaient majoritairement de patients hospitalisés (57,02 %, n=134) comparés aux patients externes (42,98 %, n=101). En milieu hospitalier, les services de Chirurgie Orthopédique (23,13 %) et de Réanimation (21,64 %) étaient les plus grands pourvoyeurs.
La majorité des souches ont été isolées à partir de prélèvements de pus (85,11 %, n=200), suivis des expectorations (11,91 %) et des hémocultures (2,55 %). Les motifs cliniques principaux étaient les infections cutanées et des tissus mous (35,74 %) et les infections ostéoarticulaires (25,53 %).
II.3. Prévalence et profil de résistance (Antibiogramme)
La prévalence globale des SARM était de 10,21 % [IC 95 % : 6,35 – 14,07] (n=24). Le profil de sensibilité (Tableau I) montre une excellente efficacité de la Vancomycine (100 %) et de la Pristinamycine (98,30 %).
Tableau I : Profil de sensibilité des 235 souches de S. aureus aux antibiotiques
|
Antibiotique |
Résistant (n) |
(%) Résistance [IC 95%] |
Sensible (n) |
(%) Sensibilité [IC 95%] |
|
Céfoxitine (SARM) |
24 |
10,21 [6,3–14,1] |
211 |
89,79 [85,9–93,7] |
|
Pénicilline A |
197 |
83,83 [79,1–88,5] |
38 |
16,17 [11,5–20,9] |
|
Gentamicine |
11 |
4,68 [2,0–7,4] |
224 |
95,32 [92,6–98,0] |
|
Érythromycine |
44 |
18,72 [13,7–23,7] |
188 |
80,00 [74,9–85,1] |
|
Clindamycine |
21 |
8,94 [5,3–12,6] |
213 |
90,64 [86,9–94,4] |
|
Cotrimoxazole |
211 |
89,79 [85,9–93,7] |
23 |
9,79 [6,0–13,6] |
|
Vancomycine |
0 |
0 [0,0–1,6] |
235 |
100 [98,4–100] |
II.4. Analyse des facteurs de risque associés au SARM
L'analyse statistique (Tableau II) montre que l'âge, le genre et le type de prélèvement ne sont pas significativement associés au statut SARM. En revanche, deux facteurs augmentent significativement le risque :
- l'hospitalisation en Réanimation : Le risque d'y contracter un SARM est multiplié par 2,7 (OR = 2,72 [IC 95 % : 1,02 – 7,50] ; p = 0,041).
- la prise antérieure d'antibiotiques : C'est le facteur majeur, multipliant le risque par plus de 5 (OR = 5,23 [IC 95 % : 2,16 – 12,66] ; p < 0,0001).
Tableau II : Analyse des facteurs associés à l'infection à SARM (vs SASM)
|
Variables |
SARM (n=24) n (%) |
SASM (n=211) n (%) |
OR [IC 95%] (Odds Ratio) |
p-value (Fisher) |
|
Genre |
0,520 |
|||
|
Masculin |
15 (62,5%) |
115 (54,5%) |
1,39 [0,58 – 3,32] |
|
|
Féminin |
9 (37,5%) |
96 (45,5%) |
1 (Réf) |
|
|
Origine |
0,081 |
|||
|
Hospitalier |
18 (75,0%) |
116 (55,0%) |
2,45 [0,91 – 6,63] |
|
|
Communautaire |
6 (25,0%) |
95 (45,0%) |
1 (Réf) |
|
|
Service (si Hospitalisé) |
0,041 |
|||
|
Réanimation |
7 (38,9%) |
22 (19,0%) |
2,72 [1,02 – 7,50] |
|
|
Autre service |
11 (61,1%) |
94 (81,0%) |
1 (Réf) |
|
|
Prise Antibiotique |
< 0,0001 |
|||
|
OUI |
15 (62,50%) |
51 (24,17%) |
5,23 [2,16 – 12,66] |
|
|
NON |
9 (37,50%) |
160 (75,83%) |
1 (Réf) |
II.5. Relation entre les infections SARM et molécules
Concernant les molécules spécifiques, une association significative a été retrouvée pour l'usage préalable de Métronidazole (OR : 4,87 ; IC 95 % [1.99-11.92] ; p=0,001), de Ceftriaxone (OR : 6,83 ; IC95 % [2,39 – 19,50] ; p=0,001) et de Gentamicine (OR : 14,93 ; IC95 % [2,33 – 95,5] ; p=0,008) (Tableau III).
Tableau III : Relation entre prise d’antibiotique et la présence d’infection SARM
|
Antibiogramme |
SARM |
SASM |
Total |
p-value |
|
AMPICILLINE |
3(12,50%) |
14(6,64%) |
17(7,23%) |
0,394 |
|
IPM+CILASTATINE |
1(4,17%) |
2(0,95%) |
3(1,28%) |
0,277 |
|
OXACILLINE |
2(8,33%) |
6(2,84%) |
8(3,40%) |
0,191 |
|
CLOXACILLINE |
0(0,00%) |
1(0,47%) |
1(0,43%) |
1 |
|
PYOSTACINE |
0(0,00%) |
1(0,47%) |
1(0,43%) |
1 |
|
CEFIXIME |
0(0,00%) |
4(1,90%) |
4(1,70%) |
1 |
|
CEFTRIAXONE |
7(29,17%) |
12(5,69%) |
19(8,09%) |
0,001 |
|
AMIKACINE |
1(4,17%) |
2(0,95%) |
3(1,28%) |
0,277 |
|
CIPROFLOXACINE |
0(0,00%) |
6(2,84%) |
6(2,55%) |
1 |
|
OFLOXACINE |
1(4,17%) |
3(1,42%) |
4(1,70%) |
0,352 |
|
ERYTHROMYCINE |
0(0,00%) |
2(0,95%) |
2(0,85%) |
1 |
|
SPIRAMYCINE |
1(4,17%) |
0(0,00%) |
1(0,43%) |
0,102 |
|
ROVAMYCINE |
0(0,00%) |
1(0,47%) |
1(0,43%) |
1 |
|
VANCOMYCINE |
1(4,17%) |
0(0,00%) |
1(0,43%) |
0,102 |
|
GENTAMYCINE |
3(12,50%) |
2(0,95%) |
5(2,13%) |
0,008 |
|
METRONIDAZOLE |
10(41,67%) |
27(12,80%) |
37(15,74%) |
0,001 |
|
ORNIDAZOLE |
0(0,00%) |
1(0,47%) |
1(0,43%) |
1 |
Dans la présente étude, il n’y a pas de distinction formelle entre infection active et colonisation pour tous les patients, en raison du caractère rétrospectif de l'étude et de l'absence de certains dossiers cliniques complets. Ainsi, nous parlerons de "positivité à S. aureus". Mais, il y a quand même la prédominance de l’isolement de souches de S. aureus dans les prélèvements de pus (suppuration profonde ou superficielle) à 85,11 % des cas, et le motif d’infections cutanées/tissus mous à 35.74 % des cas, qui suggère fortement un processus infectieux actif dans la majorité des cas, mais pas de simples colonisations.
Durant la présente étude, 2221 prélèvements ont été reçus par le laboratoire de Microbiologie du CHU-JRA, dont 1986 prélèvements non positifs au S. aureus (89,42 %) et 235 prélèvements positifs au S. aureus (10,58 %).
En comparant avec différentes études menées à Madagascar, une prévalence brute de 21,38 % a été retrouvée lors d’une étude menée entre 2012 et 2013 (11). Ces résultats peuvent différer à cause de la différence des périodes d’études (12 mois pour la première) et aussi à cause du nombre de cas (31 cas).
D’autres études menées en Côte d’Ivoire, en Italie et au Maroc ont rapporté des proportions de 9,9 %, 11,60 % et 6,7 % (12-14). Ces variations peuvent également s'expliquer par les contextes géographiques distincts et les méthodologies employées, ce qui souligne l'importance de contextualiser les comparaisons.
Bien que la différence ne soit pas statistiquement significative (p=0,081) en raison de la taille de l'échantillon, on note une tendance à une fréquence plus élevée de SARM en milieu hospitalier (13,43 %) qu'en communautaire (5,94 %). Le service de Réanimation apparaît comme un lieu à haut risque (p=0,041) (15), ce qui est cohérent avec la pression de sélection antibiotique et les gestes invasifs pratiqués dans ce service (16). Concernant les facteurs de risque associés à l’infection à SARM, les études divergent, mais les plus fréquemment cités sont l'hospitalisation prolongée, l'admission en soins intensifs, l'hospitalisation récente, l'utilisation récente d'antibiotiques, l’antécédents de portage du SARM, les interventions invasives, l'infection par le VIH, les plaies ouvertes, l'hémodialyse, la mise en place d’une voie veineuse centrale à long terme, cathéter urinaire à demeure ou d'accès à long terme et l’âge avancé (qui est indirectement lié au SARM) (15-16).
Durant cette étude, la prévalence globale de SARM a été de 10,21 %. La prévalence des infections à Staphyloccocus aureus résistant à la méticilline hospitalier (SARM-AH) est de 13,43 % et celle des souches communautaires est de 5,94 % (p=0,081).
Une étude antérieure menée au sein même du laboratoire montre une prévalence de 13,83 % pour les infections acquises dans la collectivité et 15,70 % pour les infections hospitalières avec un total de 29,53 % (17). La différence entre ces résultats avec la présente étude (surtout pour la prévalence de Staphyloccocus aureus résistant à la méticilline communautaire ou SARM-Co) réside probablement sur le nombre de cas et la durée d’étude. Une autre étude menée par l’IPM a révélé une prévalence globale de SARM à 5,80 % avec notamment une prévalence du SARM-Co de 6,50 % (33 des 506 isolats) et de 4,40 % (3 sur 68) pour le SARM-AH (9). Ces différences s’expliquent probablement par la situation du laboratoire de Microbiologie CHUJRA qui est en intra hospitalier, facilitant l’accès aux prélèvements, tandis que l’IPM est géographiquement plus éloigné du milieu hospitalier, en extra-hospitalier..
Une étude menée en Chine sur 587 patients infectés par le S. aureus a montré une prédominance des SARM-AH avec une proportion de 62,90 % contre 37,10 % pour les SARM-Co (18). D’autres études menées en Inde, Jordanie et France ont également rapporté une proportion prédominante des SARM-AH par rapport aux SARM-Co (19-21).
Il y a prédominance des infections SARM-AH ; cependant la persistance des infections à SARM-Co demeure une inquiétude depuis sa découverte en 1990 (22). Durant cette étude, c’est dans les services de réanimation que le SARM-AH a été le plus souvent isolé, avec 7 cas sur les 24 cas retrouvés. L’hospitalisation prolongée étant un facteur de risque significatif de survenue d’infection à SARM. Il existe une relation significative entre la provenance intra-hospitalière et les infections à SARM avec un p=0,041. Le nombre de jour d’hospitalisation n’étant pas étudié dans cette étude, par ailleurs des études faites en Norvège et aux USA ont montré une durée d’hospitalisation moyenne de 8jours et de 10jours des patients infectés par le SARM (24, 25).
Le SARM-Co connait à ce jour une nette augmentation dans le monde et est prédit comme plus virulent que SARM-AH. Les facteurs de risque d'infection à SARM-Co comprennent l'exposition à une personne atteinte de SARM, généralement le contact peau à peau, et l'exposition à des environnements propices à l'entassement ou au manque de propreté. Mais l'incidence de SARM-Co a récemment augmenté chez les personnes généralement perçues comme étant en bonne santé. Les S. aureus résistants à la méticilline se transmettent plus facilement dans la communauté et la multirésistance aux SARM-Co a été détectée (26). De plus, les cas d'infection à SARM-Co étaient significativement plus susceptibles d'impliquer une infection cutanée et des tissus mous (23).
Dans des études cliniques où les patients postopératoires interagissent avec des patients non opératoires, il existe un risque accru de présence à la fois de SARM-AH et de SARM-Co, ce qui oblige les cliniciens à être vigilants pour les deux formes et à déployer des efforts appropriés de contrôle des infections (26).
Les résultats montrent que la prise antérieure d’antibiotiques est significativement associée à une prévalence accrue d’infections à SARM (p < 0,0001), avec des antibiotiques comme le métronidazole, la ceftriaxone et la gentamicine fréquemment utilisés. Cette observation met en évidence l’impact potentiel de l’utilisation excessive et souvent empirique des antibiotiques, particulièrement en milieu hospitalier. Cela soutient l'idée, discutée précédemment, que des mesures correctives sont nécessaires pour limiter les prescriptions injustifiées ou non guidées par des preuves microbiologiques. En effet, ces résultats illustrent clairement que les antibiotiques les plus fréquemment utilisés en antibiothérapie probabiliste sont également ceux associés à un risque accru de résistance, nécessitant une attention particulière pour rationaliser leur usage.
L’antécédent de prise d’antibiotiques fait partie des facteurs de risque pour la survenue des infections à SARM. Le risque de contracter le SARM a été multiplié par 1,8 chez les patients ayant pris des antibiotiques selon Tacconelli et al (27). Le risque relatif pour chaque classe d'antibiotiques était de 3 pour les quinolones, de 2,9 pour les glycopeptides, de 2,2 pour les céphalosporines et de 1,9 pour les autres bêtalactamines (27). Également, des études menées en Espagne et aux USA ont rapportés une association significative entre la prise d’antibiotiques et les infections à SARM (4,28).
Par ailleurs, la Gentamicine, la Pristinamycine et la Vancomycine sont les antibiotiques qui ont été les plus sensible aux souches de S. aureus retrouvé, avec une proportion de 95,32 %, 98,30 % et 100 %. Ces résultats coïncident avec une étude à Madagascar, une proportion de sensibilité de 93,71 % pour la Gentamicine (dont 93,43 % pour les souches communautaires et 94,33 % pour les souches hospitalières) et 100 % pour la Vancomycine (17). Une étude menée à l’IPM a montré une proportion de sensibilité de 99.65 % (dont 100 % pour les souches SASM et 94,44 % pour les SARM) à la Pristinamycine (9).
La significativité des résultats en relation à la prise antérieure de Métronidazole, de Ceftriaxone, d’Amoxicilline/acide clavulanique et de Gentamicine prouve que ces antibiotiques sont les plus utilisé comme antibiothérapie probabiliste en intra hospitalier. L’information et l’incitation du personnel traitant dans l’utilisation excessive d’antibiotique sans preuve bactériologique est indispensable. Le métronidazole ne possédant aucune activité intrinsèque sur S. aureus, cette donnée ne doit pas être interprétée comme un échec thérapeutique direct de cette molécule (29).
III.5. Implications thérapeutiques
Face à la résistance élevée aux pénicillines A et au cotrimoxazole (souvent utilisés en automédication), l'antibiothérapie probabiliste doit être révisée. La sensibilité conservée à la Gentamicine (>95 %) et à la Clindamycine (>90 %) en fait des options intéressantes en première intention pour les infections non sévères, la Vancomycine devant être réservée aux SARM confirmés ou aux sepsis graves.
CONCLUSION
Cette étude menée au laboratoire de Microbiologie CHU-JRA a montré que les S. aureus résistant à la méticilline ont été surtout isolé dans les pus tant pour les souches hospitalières que communautaires. La prévalence brute des infections à S. aureus a été de 10,58 % (n=235) avec une prévalence de 10,21 % (n=24) pour les souches résistantes à la méticilline. Les facteurs de risque d’infection à SARM retrouvés durant cette étude sont l’hospitalisation prolongée et la prise antérieure d’antibiotiques.
Parmi les antibiotiques testés, les pénicillines A (Amoxicilline et Ampicilline) et la Trimethoprime-sulfamethoxazole sont les antibiotiques qui ont été les moins sensibles aux S. aureus et aux souches résistantes à la méticilline. Les principales causes de ces résistances sont, une forte consommation d'agents antimicrobiens, leur mauvaise utilisation et la mauvaise mise en œuvre des règles d'hygiène individuelle et collective dans les services y compris ceux des soins intensifs.. La Vancomycine a été l’antibiotique le plus sensible aux S. aureus résistants à la méticilline.
En cas d'infection soupçonnée à S. aureus, il est important pour les médecins malgaches de faire un prélèvement en vue d’un examen bactériologique à la recherche de germes avant de prescrire des médicaments. Cet examen devrait être suivi d’un antibiogramme pour mieux adapter la conduite thérapeutique. Cependant, des enquêtes à l'échelle nationale devraient être entreprises pour confirmer ces résultats et pourraient être utiles pour la sélection des alternatives thérapeutiques et aussi pour contrôler l'émergence et la dissémination de la résistance antimicrobienne qui demeure une inquiétude permanente pour les scientifiques. Comme perspective, un dépistage actif des SARM doit être mis en œuvre, un algorithme thérapeutique empirique est a instauré et pour caractériser les souches il y a un besoin d'études complémentaires spécifiques (typage moléculaire, surveillance prospective). Enfin, le renforcement de l'hygiène des mains pour limiter la transmission croisée des SARM hospitaliers doit être encouragé.
Remerciements : Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de cette étude. Nous souhaitons tout particulièrement remercier le personnel du laboratoire de microbiologie du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona pour sa précieuse collaboration et son soutien technique tout au long de cette recherche. Nous tenons également à remercier les responsables des services hospitaliers qui ont facilité l’accès aux données nécessaires à cette étude.
Conflit d’intérêt : aucun
- Isabelle V, Gérard L, Gillet Y, François V. Staphylococcus. Lyon : Centre National de Référence des Staphylocoques ; 2011.
- Murray CJL, Ikuta KS, Sharara F, Swetschinski L, Aguilar GR, Gray A et al. Global burden of bacterial antimicrobial resistance in 2019: a systematic analysis. Lancet. 2022;399(10325):629-55.
- Harkins CP, Pichon B, Doumith M, Parkhill J, Westh H, Tomasz A et al. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus emerged long before the introduction of methicillin into clinical practice. Genome Biol. 2017;18:130.
- Shorr AF. Epidemiology of Staphylococcal Resistance. Clin Infect Dis. 2007;45( 3):171-6.
- Organisation Mondiale de la Santé. Résistance aux antimicrobiens [Internet]. Genève: OMS; 2020 [cité le 16 janv. 2026]. Disponible sur: https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance.
- World Health Organization. Global Antimicrobial Resistance and Use Surveillance System (GLASS) Report : Early implementation 2020. Geneva: World Health Organization; 2020.
- Lawal OU, Ayobami O, Al-Zoubi MS, Al-Tayyar I, Hussein E, Al-Shami I et al. A 6-Year Update on the Diversity of Methicillin-Resistant Staphylococcus aureus Clones in Africa. Frontiers in Microbiology. 2022;13:860436.
- Asghar AH. Molecular characterization of methicillin-resistant Staphylococcus aureus isolated from tertiary care hospitals. Pak J Med Sci. 2014;30(4):698-702.
- Randrianirina F, Soares JL, Ratsima E Carod JF, Combe P, Grosjean P et al. In vitro activities of 18 antimicrobial agents against Staphylococcus aureus isolates from the Institut Pasteur of Madagascar. Ann of Clin Microbiol Antimicrob. 2007;6:5.
- Rakotovao-Ravahatra ZD, Randriatsarafara FM, Rasoanandrasana S, Raverohanta L, Rakotovao AL. Clinical and Bacteriological Aspects of Infections in the Intensive Care Unit of Joseph Raseta Befelatanana University Hospital. J Biosci Med. 2022;10:1-11.
- Andriamandimby N. Fréquence et sensibilité aux antibiotiques des staphylocoques vus au laboratoire de Microbiologie du CHUJRA Antananarivo [Thèse]. Antananarivo: Université d'Antananarivo; 2017.
- Kacou N, Koffi K, Ekaza E, Zaba F, Kakou-Ngazoa S, Guei A et al. Infection and Virulence Genes in Abidjan. Eur J Sci Res. 2011;52(3):339-44.
- Campanile F, Bongiorno D, Perez M, Falcone M, Cafiso V, Romeo MA et al. Epidemiology of Staphylococcus aureus in Italy: First nationwide survey 2012. J Glob Antimicrob Resist. 2015;3:247–54.
- Benouda A, Elhamzaui S. Staphylococcus aureus : épidémiologie et prévalence des souches résistantes à la methicilline au Maroc. Rev Tunis Infectiol. 2009;3(1):15–20.
- Siddiqui AH, Koirala J. Methicillin Resistant Staphylococcus aureus. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2021.
- Sassmannshausen R, Deurenberg RH, Köck R, Moroni A, Becker K, Friedrich AW et al. MRSA Prevalence and Associated Risk Factors among Health-Care Workers. Front Microbiol. 2016;7:1273.
- Andrianarivelo A, Andriamandimbisoa T, Rakotondraoelina L, Rakotovao-Ravahatra Z, Randrianirina F, Rakotovao L. Status of resistance to antimicrobial agents of Staphylococcus aureus strains at the laboratory of microbiology of the HU-JRA. Afr J of Clin Exp Microbiol. 2017;18:133-138.
- Xie X, Bao Y, Ouyang N, Dai X, Pan K, Chen B et al. Molecular epidemiology and characteristic of virulence gene of community-acquired and hospital-acquired MRSA in Guangzhou. BMC Infect Dis. 2016;16:339.
- Bouchiat C, El-Zeenni N, Chakrakodi B, Nagaraj S, Arakere G, Etienne J. Epidemiology of Staphylococcus aureus in Bangalore, India. New Microbes New Infect. 2015;7:15-20.
- Al-Zoubi M, Al-Tayyar I, Hussein E, Al-Jaberi A, Khleifat K. Antimicrobial susceptibility pattern of Staphylococcus aureus isolated from clinical specimens in Jordan. Iran J Microbiol. 2015;7(5):265-72.
- Maugat S, De Rougemont A, Aubry-Damon H, Lémann F, Courvalin P, Leclercq R. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus among a network of French private-sector laboratories. Med Mal Infect. 2009;39(5):311-8.
- Udo EE, Pearman JW, Grubb WB. Genetic analysis of community isolates of methicillin resistant Staphylococcus aureus in Western Australia. J Hosp Infect. 1993;25(2):97-108.
- Carleton HA, Diep BA, Charlebois ED, Sensabaugh GF, Perdreau-Remington F. Community-Adapted Methicillin-Resistant Staphylococcus aureus (MRSA): Population Dynamics. J Infect Dis. 2004;190(10):1730-8.
- Andreassen AES, Jacobsen CM, de Blasio B, White R, Bukholm G, Vold L. The impact of methicillin-resistant S. aureus on length of stay in Norway. Antimicrob Resist Infect Control. 2017;6:74.
- Sutton JP, Steiner CA. Hospital, Health Care and Community-Acquired MRSA: Estimates From California Hospitals 2013. Rockville (MD): Agency for Healthcare Research and Quality (US); 2016.
- Green BN, Johnson CD, Egan JT, Rosenthal M, Jones EA, Kbasiak A. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus: an overview for manual therapists. J Chiropr Med. 2012;11(1):64-76.
- Tacconelli E, De Angelis G, Cataldo M, Pozzi E, Cauda R. Does antibiotic exposure increase the risk of methicillin-resistant Staphylococcus aureus isolation? J Antimicrob Chemother. 2008;61(1):26-38.
- Boada A, Pons-Vigués M, Real J, Grillo C, Valero C, Galindo G, et al. Previous antibiotic exposure and antibiotic resistance of commensal Staphylococcus aureus in Spanish primary care. Eur J Gen Pract. 2018;24(1):125-30.
- Datta R, Huang SS. Confounding by indication affects antimicrobial risk factors for methicillin-resistant Staphylococcus aureus. Antimicrob Resist Infect Control. 2014;3:19.