REVUE MALGACHE DE BIOLOGIE CLINIQUE

Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 : 018-022

ARTICLE ORIGINAL

Dépistage des marqueurs sérologiques du VIH et des hépatites virales B et C au cours des visites d’aptitude au laboratoire d’immunologie du CHU-JRA Antananarivo

Screening for HIV and viral hepatitis B and C serological markers during individuals undergoing occupational health assessments at the immunology laboratory of the CHU-JRA Antananarivo

Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 : 018-022

AA Raherinaivo1, AI Rakotoniaina1, E Batavisoaniatsy1, VV Harijaona2, YR Hanitra1, MK Ranaivosoa2, RT Randriamahazo1

1Laboratoire d’Immunologie. Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona. CHU JRA Ampefiloha Antananarivo

2Département de Biologie Médicale. Faculté de Médecine d’Antananarivo

Auteur correspondant :

Raherinaivo Anjatiana Annick,

E-mail : anjannick@gmail.com

Telephone : +261 33 03 072 20

RESUME

Introduction : Le dépistage sérologique est essentiel dans la lutte contre les infections virales dans les pays à ressources limitées. L’objectif de cette étude était de déterminer la séroprévalence des marqueurs sérologiques du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et des virus des hépatites B et C au cours des visites d’aptitude au laboratoire d’Immunologie du CHU-JRA Antananarivo Madagascar.

Méthodes : Il s’agit d’une étude descriptive rétrospective menée au laboratoire d’Immunologie du CHU JRA Antananarivo de 2021 à 2023 chez les patients effectuant une visite d’aptitude professionnelle.

Résultats : Parmi 2396 sujets dépistés, 79,88 % étaient des hommes avec sex ratio 3,97 ; l’âge moyen 27,77 ± 7,02 ans. La séroprévalence observée était de 0,59 % pour le VIH, 2,84 % pour l’hépatite B et 0,27 % pour l’hépatite C. Les cas positifs concernaient majoritairement des hommes de 20 à 29 ans. Les séroprévalences les plus élevées ont été observées durant l’année 2021. Deux cas de coinfection hépatite B/hépatite C ont été observés.

Conclusion : Les tests sérologiques rapides demeurent un outil efficace de dépistage précoce des infections virales chroniques. Le renforcement des plateaux techniques d'immunodiagnostic est essentiel pour améliorer la détection et la prise en charge des infections virales à Madagascar.

Mots-clés : Dépistage- Hépatite B- Hépatite C- Sérologie -VIH

 

ABSTRACT

Introduction: Serological screening is a cornerstone of the control of viral infections especially in resource-limited countries. This study aimed to determine the seroprevalence of HIV, hepatitis B virus and hepatitis C virus among individuals undergoing occupational health assessments.

Method: A retrospective descriptive study was conducted from 2021 to 2023 in the Immunology Laboratory of the University Hospital CHU-JRA Antananarivo in patients undergoing occupational health assessment.

Results: Among 2396 participants, 79.88% males, sex ratio 3,97 ; mean age 27.77 ± 7.02 years old. The seroprevalence rates were 0.59% for HIV, 2.84% for Hepatitis B, and 0.27% for Hepatitis C. Positive cases were mainly men aged 20 to 29 years old. The highest annual rates were observed in 2021. Two confections with Hepatitis B and C were observed.

Conclusion: Rapid serological tests remain a reliable and accessible tool for early detection of chronic viral infections. Strengthening immunodiagnostic strategies is crucial to enhance the detection and management of viral infections in Madagascar.

Key words : Hepatitis B-Hepatitis C-HIV-Screening -Serology.

 

INTRODUCTION

Les infections par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et les hépatites virales constituent un problème majeur de santé publique mondiale, en raison de leur chronicité et leur prévalence élevée, notamment en Afrique subsaharienne où plusieurs millions de personnes sont infectées [1].

Dans les pays à ressources limitées comme Madagascar, la détection de ces infections virales repose essentiellement sur les méthodes sérologiques. Le diagnostic immunologique de ces infections virales repose sur la mise en évidence d’antigènes viraux et/ou d’anticorps spécifiques produits au cours de la réponse immunitaire. Plusieurs techniques sérologiques peuvent être utilisées comme les tests immunoenzymatiques et les tests immunochromatographiques ou test rapide d’orientation diagnostique (TDR ou TROD) [2].  A Madagascar, les tests rapides immunochromatographiques représentent la principale méthode de dépistage, en raison de leur faible coût, de leur utilisation facile et de leur accessibilité.

La visite d’aptitude professionnelle permet le dépistage précoce des infections chez des personnes asymptomatiques indépendamment des facteurs de risque[3]. L’objectif de cette étude est de déterminer la séroprévalence des marqueurs sérologiques du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et des virus des hépatites virales B et C (VHB, VHC) chez les patients effectuant une visite d’aptitude au Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHU JRA) Antananarivo

.

MATERIELS ET METHODE

Il s’agit d’une étude rétrospective à visée descriptive effectuée sur une période de trois ans allant de janvier 2021 à décembre 2023 portant sur les patients effectuant des analyses sérologiques au cours d’une visite d’aptitude professionnelle au laboratoire d’Immunologie du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona Antananarivo.

Les paramètres étudiés étaient l’âge des patients, le genre, la positivité des marqueurs sérologiques : Anticorps anti VIH 1 et 2 pour le VIH (Ac anti-VIH), Antigène de surface HBs pour l’hépatite B (Ag HBs), et Anticorps anti VHC (Ac anti VHC) pour l’hépatite C.

Les données ont été collectées à partir de cahiers de registre et des dossiers médicaux contenant des données préétablies des examens sérologiques effectués dans le cadre d’une visite d’aptitude. La détection des marqueurs sérologiques a été faite avec des tests de diagnostic rapide (TDR) ou technique immunochromatographique. Le test Alere DetermineTM VIH ½  a été utilisé pour le dépistage du VIH et les kits Virucheck® HBsAg ont été utilisé pour l’hépatite B et SD Bioline® HCV pour l’hépatite C.

Les données ont été saisies et analysées avec Epi-info® 7.1.3. Les comparaisons de proportions ont été effectuées à l’aide du test du chi2 de Pearson et de Fisher, avec un seuil de signification p < 0,05.

RESULTATS

Au total, 2396 patients ont été colligés durant la période d’étude dont 1914 hommes (79,88%) et 482 femmes (20,12%) avec un sex ratio de 3,97. L’âge des patients allaient de 17 à 59 ans avec un âge moyen de 27,77 ± 7,02 ans.

La séroprévalence des marqueurs sérologiques était de 0,59% pour les anticorps anti-VIH (14 cas positifs) ; 2,84% pour l’antigène HBs (65 cas positifs) et 0,27% pour les anticorps anti-VHC (6 cas positifs) (Tableau I).

Tableau I : Positivité des marqueurs sérologiques selon l’âge et le genre

Résultat

Ac anti-HIV

Ag HBs

Ac anti VHC

Positif

14

0,59%

65

2,84%

6

       0,27%

Age

<20 ans

[20-29[

[30-39[

> 40 ans

0

11

2

1

0%

78,57%

14,29%

7,14%

p 0,09

0

44

20

1

0%

67,69%

30,77%

1,54%

p 0,09

0

5

1

0

0%

83,33%

16,67%

0%

p 0,17

Genre

Masculin

Feminin

11

3

78,57%

21,43%

p 0,17

57

8

87,69%

12,31%

p 0,16

5

1

83,33%

16,67%

p 0,14

                     

Les sujets positifs étaient majoritairement des hommes jeunes (20–29 ans) (Tableau I). Aucune coinfection avec le VIH n’a été observée ; deux cas de coinfection VHB/VHC ont été identifiés chez des hommes de 26 et 31 ans.

Les séroprévalences annuelles les plus élevées ont été enregistrées en 2021 (p = 0,002) (Figure 1).

Figure 1 : Séroprévalence annuelle des infections

DISCUSSION

Le profil des patients effectuant une visite d’aptitude professionnelle correspond à la population active : jeunes adultes (âge moyen de 27,77 ± 7,02 ans) et majoritairement du genre masculin (79,88%) [3] [7].

Concernant la séroprévalence des différents marqueurs sérologiques retrouvés, la séroprévalence globale des anticorps anti-VIH retrouvée était de 0,59%. Ces résultats sont inférieurs à la prévalence du VIH retrouvée chez les travailleurs en Afrique du Sud en 2020 (4,2%) et au Zimbabwe en 2021 (4,3%) [8]. Dans ces pays à forte prévalence au VIH, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise les autodépistages des travailleurs sur leur lieu de travail. Le dépistage sur le lieu de travail permet d’atteindre les personnes qui ne se sont jamais fait testées [9]. A Madagascar, la prévalence du VIH dans la population générale est classée comme faible, moins de 1% de la population générale. D’après les estimations de l’ONUSIDA, la prévalence du VIH dans la population générale de 15 à 49 ans était à 0,5% en 2022 [7]. Cette faible prévalence a été retrouvée dans notre étude soit 0,59%. Parmi les 14 patients séropositifs au VIH, la majorité était du genre masculin et dans la tranche d’âge de 20 à 29 ans (78,57%), mais la différence n’était pas statistiquement significative (p > 0,05) (Tableau I).

Pour les hépatites virales, la prévalence de l’antigène HBs retrouvée pour l’hépatite B était de 2,84%. Le genre masculin (87,69%) était majoritaire ainsi que la tranche d’âge de 20 à 29 ans (67,69%) (Tableau I).  D’après la littérature, les hépatites virales sont parmi les infections les plus fréquentes en milieu professionnel, notamment parmi les personnels soignants[10]. La prévalence chez les travailleurs est souvent proportionnelle à la prévalence dans la population générale [11]. A Madagascar, la prévalence de l’infection par le VHB est estimée à 6,9 % dans la population générale, avec une variation de 0 % à 26 % selon les zones géographiques considérées. La prévalence augmente en s’éloignant des grandes villes et chez les individus à faible statut économique [12]. A Madagascar, l’hépatite B est souvent diagnostiqué tardivement, au stade de complications. L’infection est généralement découvert au stade de  cirrhose et de carcinome hépatocellulaire [12].

La prévalence des anticorps anti VHC retrouvée dans l’étude était de 0,27%. D’après les études antérieures, le portage des anticorps anti-VHC à Madagascar est généralement faible (1,2%) comparativement aux autres pays d’Afrique subsaharienne. Cette prévalence ne présente pas de différence significative selon le genre mais augmentait avec l’âge[13] [14].La majorité des patients séropositifs étaient des jeunes adultes et du genre masculin (Tableau I).

La prédominance des sujets jeunes et du genre masculin pour l’infection à VIH et l’hépatite B est retrouvée dans les études antérieures à Madagascar [7]. Ces catégories de population sont plus exposées au comportement à risque telles les multipartenaires, les rapports sexuels non protégés, les utilisations communes de seringue pour les usagers de drogues [7]. Toutefois, il faut tenir compte de la prédominance masculine et des sujets jeunes de la population effectuant une visite d’aptitude qui peut biaiser les résultats.

Concernant la séroprévalence annuelle, pour les trois infections, la prévalence la plus élevée a été retrouvée en 2021 (Figure 1), en période post covid-19. La séroprévalence plus élevée observée en 2021 peut s’expliquer par la perturbation des services de santé durant la pandémie de COVID-19, ayant entrainé une perturbation des campagnes de prévention et de dépistage des infections [15].

La performance et les limites des tests utilisés pour le dépistage influent sur la qualité des résultats. Les tests immunochromatographiques (TDR/TROD), majoritairement utilisés à Madagascar présentent une excellente spécificité (> 98 %) et sont adaptés aux contextes à faibles ressources. Cependant, leur sensibilité dépend de la cinétique de la réponse immunitaire. Pour le VIH, les tests rapides TDR/TROD est une très bonne sensibilité en phase chronique de l’infection, mais faible en cas d’infection récente (65 à 85%).  Les tests immunoenzymatiques basés uniquement sur les anticorps (tests de « 3eme génération ») présentent une fenêtre sérologique moyenne de 3 à 4 semaines après l’exposition. L’utilisation des tests immuno-enzymatiques dit « de 4eme génération » ou tests combinés qui permettent de détecter à la fois l’antigène p24 et les anticorps anti-VIH permettrait une détection plus précoce (sensibilité et la spécificité supérieures à 99 %) [2] [4].

Pour l’hépatite B, la recherche des marqueurs sérologiques demeure le principal moyen de diagnostic et de suivi d’une infection par le virus de l’hépatite B, les techniques moléculaires sont encore peu accessibles. La recherche de l’Ag HBs détecte les infections actives mais ne distingue pas les infections aiguës, chroniques ou les porteurs sains. La recherche des autres marqueurs comme les anticorps anti-HBc et les anticorps anti-HBs est indispensable pour déterminer le statut immunitaire du patient afin de les orienter vers la vaccination pour les personnes non immunisées ou vers une prise en charge adaptée pour les personnes infectées [16].

Pour l’hépatite C, l’infection aigue est souvent asymptomatique, se manifestant seulement par une perturbation du bilan hépatique avec élévation des transaminases. La détection des anticorps anti-VHC permet d’identifier les personnes qui ont été infectées par le virus et de poser ainsi le diagnostic de l’infection. En cas de positivité, il est indiqué de faire la détection et la quantification de l’ARN viral par technique moléculaire pour déterminer le stade de la maladie. Environ 30 % des personnes infectées par le VHC guérissent spontanément sans traitement, mais leur test de détection des anticorps anti-VHC restera positif, d’où la nécessité de la détection et de la quantification de l’ARN viral en cas de positivité des anticorps anti-VHC pour confirmer une infection chronique et indiquer la mise en place d’un traitement [17].

Pour conclure, la prévalence des marqueurs sérologiques retrouvés est comparable aux données nationales concernant ces trois infections virales. Les tests sérologiques rapides demeurent essentiels pour le dépistage précoce et la prévention de ces infections virales dans les pays à ressources limitées. La mise en place de plateau technique plus performant pour le diagnostic sérologique et moléculaire est indispensable pour optimiser le dépistage et le diagnostic de ces infections. Ces mesures permettront d’améliorer la fiabilité du dépistage et la prise en charge de ces infections virales à Madagascar.

Conflit d’intérêt : aucun

 

REFERENCES

1-World health Organization. Global health sector strategies on, respectively, HIV, viral hepatitis and sexually transmitted infections for the period 2022-2030. Geneva: World Health Organization; 2022.

2. World Health Organization. Consolidated guidelines on HIV testing services. Geneva: World Health Organization; 2019.

3-Bonnet T, Marescaux L, Peirone D. Intérêt de l’aptitude dans le dispositif de suivi individuel renforcé. Arch Mal Prof Med Environ. 2018; 79 (3): 453-4, https://doi.org/10.1016/j.admp.2018.03.554

4-UNAIDS & WHO. HIV test performance evaluation reports. Geneva: UNAIDS; 2017.

5-Amini A., Varsaneux O, Kelly H, Tang W et al. Diagnostic accuracy of tests to detect hepatitis B surface antigen: a systematic review of literature and meta-analysis. BMC Infect Dis 2017;17 (1):698. https://doi.org/10.1186/s12879-017-2772-3

6-Lee SR, Yearwood GD, Guillon GB, Kurtz LA et al. Evaluation of SD Bioline Anti-HCV among diverse populations. J Clin Virol 2010;48(1):15-17.

7-Joint United Nations Programme on HIV/AIDS. Rapports d’avancement nationaux-Madagascar. UNAIDS. 2022.

8- Organisation mondiale de la Santé et Organisation internationale du travail. Autodépistage du VIH sur le lieu de travail : approches en matière de mise en oeuvre et de financement durable [HIV self-testing at workplaces: approaches to implementation and sustainable financing]. Genève: Organisation mondiale de la Santé et Organisation internationale du travail; 2022

9- International Labour Organization. HIV self-testing at workplaces in Zimbabwe. Geneva: International Labour Organization; 2019

10- Kim H, Chung YK, Kim I. Recognition criteria for occupational cancers in relation to hepatitis B virus and hepatitis C virus in Korea. Ann Occup Environ Med 2018; 30:6

11- Traore I, Sanon/Lompo MS, Kabore M, Kafando Winninguiri JB, Ouedraogo Adama F, et al. Prévalence de l’Hépatite Virale B chez les Travailleurs d’une Entreprise Agro-alimentaire de la Ville de Bobo-Dioulasso. Health Sci. Dis 2020; 21 (7) : 99-98

12-Andriamandimby SF, Olive M-M, Shimakawa Y, Rakotomanana F, Razanajatovo IM et al. Prevalence of chronic hepatitis B virus infection and infrastructure for its diagnosis in Madagascar: implication for the WHO’s elimination strategy. BMC Public Health 2017 ; 17 :636, DOI : 10.1186/s12889-017-4630-z.

13-Zeller H, Rabarijaona L, Rakoto-Andrianarivelo M, Boisier P. Prévalence de l'infection par le virus de l'hépatite C en population générale à Madagascar [Prevalence of hepatitis C virus infection in the general population of Madagascar]. Bull Soc Pathol Exot 1997;90(1):3-5.

14-Ramarokoto CE, Rakotomanana F, Ratsitorahina M, Raharimanga V et al. Seroprevalence of hepatitis C and associated risk factors in urban areas of Antananarivo, Madagascar. BMC Infect Dis 2008;8:25.

15- Sowah L, Chiou C. Impact of coronavirus disease 2019 pandemic on viral hepatitis elimination: what is the price? AIDS Res Hum Retroviruses 2021;37(8):579-582.

16- Conners EE, Panagiotakopoulos L, Hofmeister MG, Spradling PR et al. Screening and Testing for Hepatitis B Virus Infection: CDC Recommendations United States, 2023. MMWR Recomm Rep 2023;72(No. RR-1):1-25. DOI: http://dx.doi.org/10.15585/mmwr.rr7201a117- Schillie S, Wester C, Osborne M, Wesolowski L et al. CDC recommendations for hepatitis C screening among adults–United States, 2020. MMWR Recomm Rep 2020;69(2):1-17.