REVUE MALGACHE DE BIOLOGIE CLINIQUE

Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 013-017

ARTICLE ORIGINAL

Profil biologique et étiologique de la thrombopénie vue au CHU Joseph Ravoahangy Andrianavalona Antananarivo en 2023

Biological and aetiological profile of thrombocytopenia observed at the Joseph

Ravoahangy Andrianavalona University Hospital in Antananarivo in 2023

Revue Malgache de Biologie Clinique (2) 2025 013-017

T. Randriamampianina1, S. Niry manantsoa 1,  NAL. Andriamangarivo 1, M. Todisoa2, NRM. Andrianarisoa 1, A. Rasamoelina 1, AO. Rakoto Alson 1
 

  1. Laboratoire d’Hématologie, Centre Hospitalier Universitaire Joseph RavoahangyAndrianavalona (CHUJRA), Antananarivo, Madagascar
  2. Laboratoire de biologie du centre hospitalier Universitaire Fenoarivo Antananarivo Madagascar

Auteur correspondant :

RANDRIAMAMPIANINA Tahianasoa

E-mail : rdptahianasoa@yahoo.fr

Téléphone : +261 34 47 862 97

Adresse : Lot MA 114 Ambohitsiroa Ambohidratrimo 105

 

Résumé

Introduction: La thrombopénie, définie par une diminution du nombre de plaquettes sanguines en dessous de 150 G/L, constitue une anomalie hématologique courante pouvant résulter de multiples étiologies. Cette étude vise à décrire le profil biologique et étiologique probable de la thrombopénie observée au Centre Hospitalier Universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHUJRA)  d’Antananarivo en 2023

Méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive menée au laboratoire d’Hématologie du CHUJRA du 1er janvier au 31 décembre 2023. Les patients inclus présentaient une thrombopénie confirmée à l’hémogramme. Les données ont été extraites du registre du laboratoire et analysées à l’aide d’Excel et EpiInfo 7.

Résultats : Parmi 7316 hémogrammes réalisés, 1017 cas de thrombopénie ont été confirmés (13.9%). La majorité était de sexe masculin (60 %). La tranche d’âge la plus touchée était celle de 41–50 ans (28 %). Les principaux services demandeurs étaient l’Hôpital du jour d’hématologie (38 %) et les demandes externes (22 %). Les thrombopénies discrètes étaient les plus fréquentes (40 %). Les principales étiologies présumées étaient les chimiothérapies (20 %), les cancers (16 %) et les infections (16 %).

Conclusion : La thrombopénie constitue une anomalie hématologique fréquente au CHUJRA, touchant principalement les adultes jeunes et d’âge moyen, souvent en lien avec des pathologies oncologiques ou infectieuses.

Mots-clés : Epidémiologie, Hématologie, Infection, Thrombopénie, Tumeur

Abstract

Introduction: Thrombocytopenia, defined as a decrease in the number of blood platelets below 150 G/L, is a common haematological abnormality that can result from multiple aetiologies. This study aims to describe the epidemiological, biological and probable aetiological profile of thrombocytopenia observed at the Joseph Ravoahangy Andrianavalona University Hospital Centre (CHUJRA) in Antananarivo in 2023.

Methods: A retrospective descriptive study was conducted at the CHUJRA Haematology Laboratory from 1 January to 31 December 2023. The patients included had thrombocytopenia confirmed by blood count. Data were extracted from the laboratory registry and analysed using Excel and EpiInfo 7.

Results: Among 7,316 blood counts performed, 1,017 cases of thrombocytopenia were confirmed (13.9%). The majority were male (60%). The most affected age group was 41–50 years (28%). The main requesting departments were the Haematology Day Hospital (38%) and external requests (22%). Mild thrombocytopenia was the most common (40%). The main presumed aetiologies were pre-chemotherapy assessments (20%), neoplastic syndromes (16%) and infectious syndromes (16%).

Conclusion: Thrombocytopenia is a common haematological abnormality at the CHUJRA, mainly affecting young and middle-aged adults, often in connection with oncological or infectious diseases.

Keywords: Epidemiology, Haematology, Infection, Thrombocytopenia, Tumor

Introduction

La thrombopénie, définie par une diminution du nombre de plaquettes sanguines en dessous de 150 G/L. Elle constitue une anomalie hématologique courante pouvant résulter de multiples étiologies. La thrombopénie peut être asymptomatique ou se manifester par des signes hémorragiques graves. Dans les pays à ressources limitées, les causes infectieuses, médicamenteuses et néoplasiques prédominent. Cette étude vise à décrire le profil biologique et étiologique probable des thrombopénies diagnostiquées au CHUJRA d’Antananarivo au cours de l’année 2023. La connaissance de ces résultats nous permettra de s’orienter dans la prise en charge étiologique et de sensibiliser sur des bilans étiologiques plus précis pour éviter la demande de médullogramme systématique devant chaque cas de thrombopénies.

Méthodologie

Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive menée au laboratoire d’Hématologie du CHUJRA du 1er janvier au 31 décembre 2023. La population d’étude comprenait tous les patients ayant bénéficié d’un hémogramme durant cette période. Les patients présentant une thrombopénie confirmée à l’hémogramme ont été inclus. La vérification de la thrombopénie a été effectuée pour éliminer une fausse thrombopénie (échantillon non coagulé, et l’absence des amas plaquettaires). Les dossiers incomplets ou redondants ont été exclus. Les variables étudiées comprenaient : âge, genre, service demandeur, renseignements cliniques, le résultat de l’hémogramme surtout la numération plaquettaire, la sévérité de la thrombopénie et l’étiologie probable. La  thrombopénie pourrait être isolée (parfois d’origine périphérique) ou associée à d’autres cytopénies (souvent d’origine centrale). Les données provenaient du registre du laboratoire. L’analyse statistique a été réalisée à l’aide de Microsoft Excel et EpiInfo 7. Les données ont été anonymisées afin de respecter la confidentialité des patients.

Résultats

Durant la période d’étude, 7316 hémogrammes ont été réalisé au laboratoire d’Hématologie du CHUJRA. Parmi ces hémogrammes, 1017 patients avaient eu une thrombopénie soit 13,9% de la demande. Selon le genre, les hommes prédominaient avec 60% des cas donnant un sex ratio de 1,5. L’âge moyen des patients étaient de 38,35 ans avec des extrêmes de 2 ans et 84 ans (tableau I).

Tableau 1 : Répartition des cas de thrombopénie selon les caractéristiques sociodémographiques

Variables

Résultats

Nombre total d’hémogrammes réalisés

7316

Thrombopénies confirmées

1017 (13,9 %)

Sexe masculin

610 (60 %)

Sexe féminin

407 (40 %)

[0–5 ans]

203 (20 %)

[6–15 ans]

122 (12 %)

[16–30 ans]

153 (15 %)

[31–40 ans]

193 (19 %)

[41–50 ans]

285 (28 %)

[51 ans et plus]

61 (6 %)

Le service ayant eu  le plus de patients présentant une thrombopénie était l’hôpital du jour d’hématologie du CHUJRA avec 38% (n= 384) des cas. Le taux de moyen des plaquettes était de 96 Giga par litre avec une prédominance de la thrombopénie discrète dans 40% des cas (n=407) (figure 1).

Figure 1 : Répartition de la thrombopénie selon la sévérité

Thrombopénie discrète : taux de plaquettes entre 100 et 149G/L, thrombopénie modérée : taux de plaquettes entre 50 et 99G/L, thrombopénie sévère : taux des plaquettes entre 20 et 49G/L, thrombopénie profonde :  taux des plaquettes inferieur à 20G/L

La thrombopénie était isolée dans 46% des cas (n=514),  associée à une anémie dans 32% des cas (n=357),  avec une leucopénie dans 10% des cas (n=111) ou devenue une pancytopénie dans 12% des cas (n=135). Le motif fréquent de la demande était le syndrome néoplasique en cours ou non de traitement chimiothérapique dans 36% (n= 364) et les syndromes infectieux dans 16% (n=162) des cas.

Tableau 2 : Répartition selon les renseignements cliniques mentionnés sur la demande d’hémogramme

Renseignements cliniques

Effectif (%)

Bilan préchimiothérapie

202 (20 %)

Syndrome néoplasique

162 (16 %)

Syndrome infectieux

161 (16 %)

Bilan préopératoire

121 (12 %)

Syndrome hémorragique

101 (10 %)

Syndrome anémique

101 (10 %)

Bilan post-transfusionnel

67 (6 %)

Douleur abdomino-pelvienne

55 (5 %)

Bilan postopératoire

10 (1 %)

Dyspnée

10 (1 %)

Asthénie

9 (1 %)

Perte de poids

9 (1 %)

Discussion

Cette étude a mis en évidence une fréquence de thrombopénie de 13,9 % parmi les hémogrammes réalisés au CHUJRA en 2023. Ce taux est élevé comparé à une autre étude malgache concernant les patients qui ont fait des bilans préopératoires, menée par Dodoson et al. [1] en 2018,  ayant trouvé 7%, mais bas par rapport à une étude faite au Maroc  par Assaoui Y et al.[2]en 2007 qui a trouvé un taux de 36% , cette fois dans un service de réanimation chirurgicale. Cette variabilité peut s’expliquer par la différence entre le lieu d’étude. Le risque de thrombopénie peut être plus élevé en réanimation pour divers raison comme le risque élevé de CIVD par exemple. La prédominance masculine (60 %) observée est cohérente avec les études de Kurata Y au Japon en 2011 [3]. L’âge moyen des patients était de 38,35 ans, avec une prédominance des patients entre 41 et 50 ans, ce qui est relativement jeune et qui  représente la population active exposée à des facteurs de risques oncologiques et infectieux élevés. Ce résultat est plus ou moins similaire à celui trouvé par Rahanitriniaina NMP en service de réanimation chirurgicale du CHUJRA en 2019 avec un âge moyen de 47 ans [4].

Les services les plus demandeurs étaient ceux en lien avec l’hématologie et l’oncologie (60 % des demandes), reflétant le rôle central du CHUJRA dans la prise en charge des maladies tumorales et hématologiques. Les thrombopénies discrètes et modérées étaient majoritaires (70 %), suggérant souvent des causes iatrogènes ou transitoires liées à la chimiothérapie ou aux infections virales.La forte proportion de thrombopénies associées à d’autres cytopénies suggère une atteinte médullaire fréquente, notamment dans les contextes néoplasiques et infectieux [5]. Ainsi, si la thrombopénie associée à d’autres cytopénies est persistante, le médullogramme est parfois nécessaire pour éliminer une cause centrale.

Dans cette étude, les bilans préchimiothérapiques et syndromes néoplasiques représentaient les principaux motifs d’exploration. Pham Dang A  et al [5] ont trouvé en 2015 en France que 63% des cas d’hémopathies malignes ont été associés à une thrombopénie sévère. En 2023, Lukamba M.B et al ont trouvé que 9,3% de ces patients avait eu une thrombopénie induite par la chimiothérapie [6].Ces résultats confirment que la thrombopénie est fréquemment associée aux traitements anticancéreux et aux pathologies malignes. Par ailleurs, le syndrome infectieux a été observé dans 16% des cas, traduisant l’impact des maladies infectieuses endémiques. Ceci a été également retrouvé par Vandijck et al [7] aux Etats- Unis en 2010 avec une part relativement important de 28% de la thrombopénie causée par une infection.
Ces données rejoignent les observations de Bain (2015) [8] et de l’OMS (2020) [9], selon lesquelles les thrombopénies dans les pays à faible revenu résultent majoritairement d’étiologies infectieuses ou médicamenteuses. Une amélioration du dépistage et de la surveillance est donc essentielle, notamment chez les patients cancéreux et hospitalisés [10].

Conclusion

La thrombopénie constitue une anomalie hématologique fréquente au CHUJRA, affectant principalement les adultes d’âge moyen. La thrombopénie discrète est la plus fréquemment rencontrée. Plus de la moitié des cas de thrombopénie sont associés à d’autres cytopénies indiquant parfois un médullogramme après avoir éliminer une cause infectieuse ou de traitement chimiothérapique en cours.  Les causes principales de cette anomalie sont néoplasiques et infectieuses. Des études multicentriques permettraient de mieux comprendre les tendances nationales de cette thrombopénie.

Remerciements

Les auteurs remercient chaleureusement le personnel du laboratoire d’Hématologie du CHUJRA pour leur disponibilité, ainsi que les équipes cliniques pour leur collaboration dans la collecte et la validation des données.

Déclaration d’absence de conflits d’intérêts

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

 

Références

  1. RakotoariveloZ.L ,Ramavoson T , Dodoson B.T , Rakotovao A.L et al. Place du bilan d’hemostase en preoperatoire : etude des pratiques de l’Hopital Universitaire JRA Antananarivo Madagascar. Int. J. Adv. Res. 2023; 11(01), 472-479
  2. Aissaoui Y. ,Benkabbou A ,  Alilou M , Moussaoui R  et al. La thrombopénie en réanimation chirurgicale : incidence, analyse des facteurs de risque et impact sur le pronostic. Presse Med. 2007; 36: 43–49
  3. Kurata Y, Fujimura K, Kuwana M, Tomiyama Y et al. Epidemiology of primary immune thrombocytopenia in children and adults in Japana : a population(based study and literature review. Int J Hematol. 2011: 93: 329-335
  4. Rahanitriniaina NMP, Razafindrainibe T, Rakotonomenjanahary S, Randriamandrato T et al. Aspects cliniques et évolutifs de la thrombopénie au service de Réanimation Chirurgicale du centre hospitalier Universitaire Joseph RavoahangyAndrianavalona Antananarivo. Rev Anesth-Réanim. Med. Urg. Toxicol; 2019:11:1-4.
  5. Pham Dang A, Bennett-PetitJean E, Vallejo C, Karam HH et al  . Hémopathies malignes  révélées aux Urgences adultes : étude monocentrique de 108 patients. SFMU. Lavoisier SAS. 2015; 5: 311-319
  6. Lukamba M.R, Obotela L., Munganga N.D,Mpunga M.I et al. Thrombocytopénie induite par la chimiothérapie à l'unité d'oncologie pédiatrique GFAOP(Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique) de Lubumbashi. RAMS.2023 : 163-164
  7. Vandijick DM, Blot SI, Hoste EA, Vandewoude KH. Thrombocytopenia and outcome in critically III patients with bloodstream infection. Heart Lung. 2010; 39: 21-26
  8. Bain BJ. Blood Cells: A Practical Guide. 5th ed. Wiley-Blackwell. Hoboken New Jersey; 2014: 1-504.
  9.  WHO. Haematological Diseases and Disorders in the Developing World. Geneva: World Health Organization; 2020.
  10. Snoussi M, Kaddour N, Marzouk S, Frigui M et al. Profil épidemiologique et étiologique des thrombopénies en milieu de Médecine Interne : à propos de 153 cas. RevMéd Interne. 2021 : page S404