REVUE MALGACHE DE BIOLOGIE CLINIQUE

Revue Malgache de Biologie Clinique 2025; 1(1) : 001-009

R

ARTICLE ORIGINAL

Résistance aux antibiotiques des entérobactéries du groupe Klebsiella, Enterobacter et Serratia responsables de bactériémie au CHU Joseph Raseta Befelatanana

Antibiotic resistance in Enterobacteriaceae of the Klebsiella-Enterobacter-Serratia

 responsible for bacteremia at Joseph Raseta Befelatanana University Hospital

ZD Rakotovao-Ravahatra 1, NM Rajaoferson 1, HJ Heriniana1, AM Andrianarivelo2, AL Rakotovao3, LRS Razanakolona 3, AO Rakoto Alson 3, A Rasamindrakotroka3

  1. Unité laboratoire du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Raseta Befelatanana, Antananarivo, Madagascar.
  2. Laboratoire d’Analyses Médicales Malagasy Androhibe, Antananarivo, Madagascar.
  3. Département de Biologie Médicale, Faculté de Médecine, Université d’Antananarivo, Madagascar

Auteur correspondant :

Rakotovao-Ravahatra Zafindrasoa Domoina

E-mail : ravahatradomoina@yahoo.fr

Téléphone : +261 34 09 301 20

Adresse : Lot 050 F Bis Ambohibao Antehiroka Antananarivo 105 Madagascar

 

Rmbc 2024001Rmbc 2024001 (1.86 Mo)

Résumé

Introduction : Les bactériémies font partie des infections urgentes et graves difficilement contrôlables en milieu hospitalier. L’objectif de la présente étude a été d’évaluer la résistance aux antibiotiques des entérobactéries du groupe Klebsiella-Enterobacter-Serratia (KES).

Méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive et transversale des antibiogrammes de toutes les entérobactéries responsables de bactériémie du mois de Janvier au mois de Septembre 2023 au laboratoire du Centre Hospitalier Universitaire Joseph Raseta Befelatanana.

Résultats : 141/455 hémocultures ont été positifs représentant 31% de bactériémie dont 84 (59,6%) cas représentés par les entérobactéries et 53 (37,6%) cas représentés par les entérobactéries du groupe KES. Les résistances aux antibiotiques des entérobactéries du groupe KES ont varié de 7,5% (imipenème) à 71,7% (céphalosporines). Le groupe KES a été significativement plus résistant à la tobramycine (39,6%)(p=0,0001), au cotrimoxazole (56,6%)(p=0,02) et au chloramphénicol (17%) (p<10-6) par rapport aux autres entérobactéries.  Par contre, le groupe KES a été significativement moins résistant à l’imipenème (7,5%)( p<10-6), à l’amikacine (9,4%)(p<10-6), à l’acide nalidixique (37,7%)(p=0,0017), à la ciprofloxacine (30,2%)(p=0,0001) et à la levofloxacine (15,1%)(p<10-6) par rapport aux autres entérobactéries.

Conclusion : L’amélioration de l’hygiène hospitalière est primordiale pour lutter contre les bactériémies à entérobactéries du groupe KES.

Mots-clés : antibiotique, bactériémie, Enterobacter, Klebsiella, Serratia.

Abstract

 Background : Bacteremia is one of the urgent and serious infections that are difficult to control in a hospital setting. The objective of the present study was to evaluate antibiotic resistance in Enterobacteriaceae of the Klebsiella-Enterobacter-Serratia (KES) group.

Methods : This is a retrospective, descriptive and cross-sectional study of the susceptibility tests of all Enterobacteriaceae responsible for bacteremia from January to September 2023 at the laboratory of the Joseph Raseta Befelatanana University Hospital.

Results : 141/455 blood cultures were positive, representing 31% bacteremia, of which 84 (59.6%) were Enterobacteriaceae and 53 (37.6%) were KES Enterobacteriaceae. Antibiotic resistance in Enterobacteriaceae of the KES group ranged from 7.5% (imipenem) to 71.7% (cephalosporins). The KES group was significantly more resistant to tobramycin (39.6%)(p=0.0001), cotrimoxazole (56.6%)(p=0.02) and chloramphenicol (17%) (p<10-6) compared to other Enterobacteriaceae. In contrast, the KES group was significantly less resistant to imipenem (7.5%)(p<10-6), amikacin (9.4%)(p<10-6), nalidixic acid (37.7%)(p=0.0017), ciprofloxacin (30.2%)(p=0.0001) and levofloxacin (15.1%)(p<10-6) compared to other enterobacteriaceae.

Conclusion : Improving hospital hygiene is essential to combat the occurrence of KES group Enterobacteriaceae bacteremia.

Keywords : antibiotics, bacteremia, Enterobacter, Klebsiella, Serratia.

Introduction

La bactériémie, au sens strict, fait référence à des bactéries viables dans le sang. La bactériémie asymptomatique peut survenir dans les activités quotidiennes normales telles que l’hygiène bucco-dentaire et après des interventions médicales mineures. Chez une personne en bonne santé, ces infections cliniquement bénignes sont transitoires et ne causent pas d’autres séquelles. Cependant, lorsque les mécanismes de réponse immunitaire échouent ou sont submergés, la bactériémie devient une infection de la circulation sanguine qui peut évoluer dans de nombreux spectres cliniques et prend également le nom de septicémie. Une bactériémie non traitée et cliniquement significative évolue vers le syndrome de réponse inflammatoire systémique, la septicémie, le choc septique et le syndrome de dysfonctionnement multiviscéral (1).

Les germes responsables de bactériémie sont nombreux et variés. Les entérobactéries du groupe Klebsiella-Enterobacter-Serratia (KES) font partie des germes les plus redoutables (2-4). Les bactériémies à entérobactéries du groupe KES sont généralement des infections associées aux soins, appelées également infections nosocomiales. Et leur gravité est due essentiellement au caractère multi-résistant aux antibiotiques de ces germes.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’augmentation des niveaux de Résistance aux Anti-Microbiens (RAM) rend les infections plus difficiles à traiter (5). La RAM rendra la réalisation de la couverture sanitaire universelle plus difficile à cause de l’augmentation des coûts des soins de santé. Les médicaments visant à traiter les infections pharmacorésistantes coûtent plus cher, il peut être nécessaire de suivre plusieurs traitements et ceux-ci peuvent prendre plus de temps à être efficaces et la guérison être moins certaine.  D’après une estimation du scénario le plus défavorable effectuée par la Banque mondiale, la RAM entraînerait une augmentation des coûts des soins de santé allant jusqu’à 25 % dans les pays à faible revenu et 8 % à l’échelle mondiale (6).

Ainsi, de nombreuses études devraient être effectuées abondamment pour évaluer la sensibilité et la résistance des germes aux antibiotiques pour une infection donnée afin d’élaborer un guide pour orienter et faciliter la prise en charge des patients. A Madagascar, quelques études ont été déjà effectuées concernant les bactériémies à entérobactéries (7-8).

Pour actualiser ces études et étant donné que la bactériémie due aux entérobactéries du groupe KES font partie des infections difficilement contrôlables en milieu hospitalier, la présente étude s’est proposé d’étudier les résistances aux antibiotiques de ce groupe d’entérobactéries.

Le choix des entérobactéries du groupe KES se justifient par la fréquence élevée de ce groupe en milieu hospitalier ainsi que leur haute virulence. En effet, le groupe KES, notamment les espèces de Klebsiella causent des infections à plusieurs endroits, notamment les poumons, les voies urinaires, la circulation sanguine, la plaie ou le site chirurgical et le cerveau. Ces infections sont plus susceptibles de se produire chez les personnes ayant des problèmes de santé préexistants. Et Klebsiella pneumoniae est devenu un agent pathogène majeur de préoccupation internationale en raison de l’incidence croissante de souches hypervirulentes et résistantes aux carbapénèmases (9).

Ainsi, la présente étude a eu pour objectif d’évaluer les résistances aux antibiotiques des entérobactéries du groupe KES responsables de bactériémie afin d’améliorer la prise en charge des patients atteints de cette infection et de proposer des solutions radicales pour stopper l’émergence des souches multi-résistantes.

Matériels et Méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive et transversale des résultats des antibiogrammes de toutes les entérobactéries responsables de bactériémie pendant une période de 9 mois allant du mois de Janvier au mois de Septembre 2023 au laboratoire du CHU Joseph Raseta Befelatanana (CHUJRB).

Le laboratoire du CHUJRB est situé dans la ville d’Antananarivo dans la région d’Analamanga à Madagascar. Ce laboratoire est un laboratoire d’analyses médicales polyvalent ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ce laboratoire reçoit des échantillons biologiques provenant de patients hospitalisés dans les hôpitaux d’Antananarivo ou des patients externes. Les analyses biologiques réalisées dans ce laboratoire sont représentées par des analyses hématologiques, biochimiques, immunologiques, bactériologiques, virologiques et parasitologiques.

Ont été inclus dans l’étude tous les résultats des hémocultures positives à Klebsiella sp ou Enterobacter sp ou Serratia sp (Figure 1), identifiés par l’aspect et la couleur bleue des colonies sur gélose chromogène (Figure 2) et confirmés par technique biochimique, la galerie API 20E (Marque Biomérieux, France, référence 20 100) sur un ou 2 flacons d’hémoculture positive.

Ont été exclus de l’étude les résultats d’antibiogramme souillés, polymicrobiens, ainsi que les résultats des hémocultures pour contrôle.

Lorsque les entérobactéries ont été identifiées, l’antibiogramme a été réalisé par la méthode de diffusion en milieu gélosé sur milieu Mueller Hinton (Figure 3) selon le CASFM/EUCAST en vigueur (10).  L’antibiogramme a pour but d’identifier les résistances et les sensibilités des entérobactéries aux antibiotiques.

Ont été étudiés le taux de résistance des entérobactéries vis-à-vis des  antibiotiques suivants: pour les béta-lactamines, résistance vis-à-vis des céphalosporines de 3ème génération ou C3G (céfixime, ceftazidime, céfotaxime), des céphalosporines de 4ème génération ou C4G (céfépime) et des carbapénèmes (imipénème) ; pour les aminosides, résistance vis-à-vis de la gentamycine, la tobramycine et l’ amikacine ; pour les quinolones, résistance vis-à-vis de l’acide nalidixique, la ciprofloxacine, et la levofloxacine. De même, le taux de résistance des entérobactéries vis-à-vis des autres molécules comme le chloramphénicol et le cotrimoxazole (SXT) ont été également étudié.

Les données ont été recueillies à partir des fiches de demande d’analyse, des feuilles de paillasses et des fiches d’antibiogramme. La saisie et le traitement des données ont été effectués sur le logiciel Epi-info 3.5.2. La  comparaison des pourcentages a fait appel aux tests de Chi carré de Mantel Haenszel ou le Chi carré corrigé de Yates en cas de faible effectif. Le seuil de signification statistique utilisé a été de p= 0,05.

Après la description de la répartition des entérobactéries responsables de bactériémie selon les espèces, la comparaison des résistances et des sensibilités des entérobactéries du groupe KES par rapport aux autres entérobactéries a été effectuée.

Concernant les considérations éthiques, la présente étude a respecté la notion d’anonymat et de confidentialité. Elle n’a été mise en œuvre qu’après l’obtention de l’autorisation du Directeur d’Etablissement du CHUJRB et du Chef de Service du laboratoire du CHUJRB.

Résultats

Du mois de Janvier au mois de Septembre 2023, 2110 prélèvements pour examens cytobactériologiques ont été effectué au laboratoire du CHUJRB. Parmi eux, 455 hémocultures ont été réalisés dont 141 cas ont été positifs donnant une prévalence de 31 % de bactériémie. Parmi ces 141 cas de bactériémie, 84 (59,6%) cas ont été représenté par les entérobactéries et 53 (37,6%) cas représentés par les entérobactéries du groupe KES (Figure 4).

Les 53 isolats d’entérobactéries du groupe KES ont été représentés par 32 (60,4%) isolats de Klebsiella pneumoniae, 17 (32,1%) isolats d’Enterobacter spp et 4 (7,5%) isolats de Serratia marcescens

Les résistances aux antibiotiques des entérobactéries du groupe KES ont varié de 7,5% (imipenème) à 71,7% (céphalosporines). (Figure 1). Les phénotypes de résistance ont été représentés par 100% de pénicillinases, 86,8% de céphalosporinases de bas niveau, 73% de céphalosporinases de haut niveau, 71,7% de béta-lactamases à spectre étendu (BLSE) et 7,5% de carbapénèmases.

Figure 1 : Résistance aux antibiotiques des entérobactéries du groupe KES

Le groupe KES a été significativement plus résistant à la tobramycine (39,6%)(p=0,0001), au cotrimoxazole (56,6%)(p=0,02) et au chloramphénicol (17%) (p<10-6) par rapport aux autres entérobactéries. Par contre, le groupe KES a été significativement moins résistant à l’imipenème (7,5%)( p<10-6), à l’amikacine (9,4%)(p<10-6), à l’acide nalidixique (37,7%)(p=0,0017), à la ciprofloxacine (30,2%)(p=0,0001) et à la levofloxacine (15,1%)(p<10-6) par rapport aux autres entérobactéries (Tableau I).

Tableau I : Comparaison des résultats des antibiogrammes des entérobactéries du groupe KES et des autres entérobactéries

Résultats des antibiogrammes

Antibiotiques

Germes

Résistants

Sensibles

Total

Valeur de p

n

%

n

%

Amoxicilline

KES

53

100,0

0

0,0

53

0,00003

AUTRES***

20

76,9

6

23,1

26

AMC

KES

46

86,8

7

13,2

53

0,04

AUTRES

17

65,4

9

34,6

26

C3G*/C4G**

KES

38

71,7

15

28,3

53

1

AUTRES

15

57,7

11

42,3

26

Imipenème

KES

4

7,5

49

92,5

53

< 10-6

AUTRES

2

7,7

24

92,3

26

Gentamycine

KES

31

58,5

22

41,5

53

0,18

AUTRES

14

53,8

12

46,2

26

Tobramycine

KES

21

39,6

32

60,4

53

0,0001

AUTRES

8

30,8

18

69,2

26

Amikacine

KES

5

9,4

48

90,6

53

< 10-6

AUTRES

3

11,5

23

88,5

26

Acide nalidixique

KES

20

37,7

33

62,3

53

0,0017

AUTRES

12

46,2

14

53,8

26

Ciprofloxacine

KES

16

30,2

37

69,8

53

0,0001

AUTRES

11

42,3

15

57,7

26

Levofloxacine

KES

8

15,1

45

84,9

53

< 10-6

AUTRES

6

23,1

20

76,9

26

Chloramphénicol

KES

9

17,0

44

83,0

53

< 10-6

AUTRES

1

3,8

25

96,2

26

Cotrimoxazole

KES

30

56,6

23

43,4

53

0,02

AUTRES

10

38,5

16

61,5

26

*C3G : Céphalosporines de 3ème génération (ceftazidime, céfixime, céfotaxime)

**C4G : Céphalosporines de 4ème génération (céfépime)

***Autres : Escherichia coli, Proteus spp, Citrobacter spp, Salmonella spp, Morganella, spp, Hafnia alvei

Discussion

Dans la présente étude, plus de la moitié des patients ont été affecté par la bactériémie à entérobactéries. En effet, les infections à entérobactéries sont de loin les plus fréquentes dans la communauté et en milieu hospitalier (11-12). Concernant les infections communautaires, elles sont moindres dans la présente étude car tous les patients ont été hospitalisés. Ainsi, ces bactériémies sont surtout d’origine nosocomiale. Et ces infections sont d’autant plus fréquentes chez les patients vulnérables tels que les patients sous traitement immunosuppresseur, sous chimiothérapie ou hospitalisés dans les unités de soins intensifs (12). L’OMS a identifié certaines entérobactéries comme des superbactéries en raison de leur production et de leur propagation élevées de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE) et de carbapénémases. De plus, leur résistance aux antibiotiques couramment prescrits laissait peu de choix de médicaments pour traiter l’infection (13). Parmi ces entérobactéries, la présente étude a trouvé 71,7% d’entérobactéries du groupe KES sécrétrices de BLSE. Cette situation est alarmante et doit inciter le personnel de santé à prendre des mesures pérennes et efficaces pour améliorer l’hygiène hospitalière et lutter contre ces Bactéries Multi-Résistantes (BMR).

Les entérobactéries du groupe KES sont des agents pathogènes fréquents dans la communauté et en milieu hospitalier. Dans la présente étude, le genre Klebsiella représente 60,4% des entérobactéries du groupe KES. Concernant ce genre Klebsiella, il fait partie du groupe ESKAPE (Enterococcus faecium, Staphylococcus aureus, Klebsiella pneumoniae, Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa et Enterobacter spp), qui contient les principaux pathogènes bactériens résistants. Il a rapidement évolué au cours de cette dernière décennie, générant des germes qui présentent simultanément des phénotypes de multirésistance aux médicaments et d’hypervirulence. Ces germes sont associés à des infections graves nosocomiales et communautaires. Les infections résistantes aux carbapénèmes dont le régime de traitement optimal n’est pas connu étaient particulièrement préoccupantes chez les souches de Klebsiella multi-résistantes (14). Concernant le genre Enterobacter, il fait également partie du groupe ESKAPE. Décrit pour la première fois en 1960, le genre Enterobacter s’est avéré plus complexe en raison de l’évolution exponentielle des méthodes phénotypiques et génotypiques. Aujourd’hui, 22 espèces appartiennent au genre Enterobacter. Ces espèces sont décrites dans l’environnement et ont été signalées comme des agents pathogènes opportunistes chez les plantes, les animaux et les humains. La pathogénicité et la virulence de cette bactérie restent assez floues en raison de la quantité limitée de travaux effectués à ce jour dans ce domaine. En revanche, sa résistance aux agents antibactériens a été largement étudiée. Face au traitement antibiotique, il est capable de gérer différents mécanismes de résistance via différents gènes régulateurs locaux et globaux et la modulation de l’expression de différentes protéines, notamment des enzymes (β-lactamases, etc.) ou des transporteurs membranaires, tels que les porines et les pompes d’efflux. Au cours de diverses épidémies hospitalières, le complexe Enterobacter aerogenes et Enterobacter cloacae a présenté un phénotype multirésistant, ce qui a suscité des questions sur le rôle de la régulation en cascade dans l’émergence de ces clones bien adaptés (15). Concernant le genre Serratia, il ne fait pas partie du groupe ESKAPE et il est moins fréquent que les genres Klebsiella et Enterobacter. Néanmoins, il existe également des isolats de Serratia multi-résistants. De toutes les espèces de Serratia, Serratia marcescens est l’isolat clinique le plus courant et l’agent pathogène humain le plus important (16).

Depuis l’ouverture du laboratoire de bactériologie du CHUJRB, de nombreuses espèces bactériennes ont été identifiés mais ce sont les entérobactéries du groupe KES qui ont demeuré les plus fréquentes notamment l’espèce Klebsiella pneumoniae. Et ces espèces n’ont pas de préférence. En effet, en plus des hémocultures, on les trouve également dans de nombreux prélèvements tels que les urines, les selles, les liquides d’épanchements et les suppurations. Des études de grandes envergures méritent toujours d’être effectuées sur ce groupe d’entérobactéries afin d’améliorer la prise en charge des patients infectés.

Dans la présente étude, plus d’un tiers de ces entérobactéries ont été représentés par le groupe KES. La littérature souligne que l’espèce Klebsiella pneumoniae est l’une des principales causes de bactériémie et la pneumonie est souvent l’infection initiale. Dans les poumons, Klebsiella pneumoniae s’appuie sur de nombreux facteurs tels que le polysaccharide capsulaire et la biosynthèse des acides aminés à chaîne ramifiée pour sa virulence et sa forme physique (17). La littérature souligne également que le genre Enterobacter est fréquemment responsable de bactériémie d’apparition communautaire, en association avec les infections associées aux soins de santé. La pneumonie, l’insertion de trompes, les tumeurs solides et les infections associées aux soins de santé se sont avérées significativement associées à la bactériémie à Enterobacter (18). Par ailleurs, d’autres études ont trouvé également des bactériémies à Serratia dans la communauté et en milieu hospitalier (19-20).

Concernant les résistances aux antibiotiques de ces entérobactéries du groupe KES, elles variaient de 7,5% (Imipénème) à 71,7% % (Céphalosporines) dans la présente étude. Ce résultat démontre que les céphalosporines ont perdu leur efficacité. En effet, ces molécules sont utilisées de façon abusive par la population à Madagascar. Elles sont vendues sans nécessité d’ordonnance médicale dans les pharmacies d’officine. Elles sont même vendues dans les petites épiceries et tout le monde peut s’en procurer facilement. De plus, elles sont utilisées sans respect ni de la durée du traitement, ni de la posologie. Et la littérature souligne que mésusage des antibiotiques et l’automédication pratiquée par la population favorisent l’émergence des souches bactériennes multi-résistantes (21). Cette résistance est due essentiellement à la pression de sélection des germes occasionnée par le contact répété avec l’antibiotique aboutissant à des mutants multi-résistants (22). Par ailleurs, bien que faible, la résistance à l’Imipénème de 7,5% devrait être prise en compte car ce résultat démontre que les souches du groupe KES productrices de carbapénèmases commence à circuler en milieu hospitalier.

En comparant les résistances aux antibiotiques dans la présente étude avec la littérature, une autre étude a également trouvé une prévalence élevée de résistance aux antibiotiques des entérobactéries responsables de bactériémie notamment le genre Klebsiella. D’après cette étude, les résistances des bacilles à Gram négatif ont varié de 92,4 % à 71,4 % pour le céfotaxime, de 42,4 % à 39,8 % pour la lévofloxacine et de 1 % et 79 % pour les carbapénèmes, Klebsiella pneumoniae et Acinetobacter baumannii présentant la résistance maximale. Cette situation met en évidence l’ampleur de la résistance aux antimicrobiens chez les patients atteints de bactériémie et appelle à la mise en œuvre urgente de programmes de gestion des antimicrobiens pour sauver les antimicrobiens restants (23).

Ainsi, les mesures d’hygiène hospitalière devraient être strictes et l’utilisation des antibiotiques à large spectre devraient être limitée au maximum. En cas de suspicion de bactériémie, l’hémoculture avec antibiogramme devraient être effectuée rapidement. Ensuite, il faut réajuster rapidement le traitement antibiotique initial avec les résultats de l’antibiogramme en traitant le patient avec un antibiotique efficace mais non à large spectre sauf s’il n’y a pas d’autre issu thérapeutique. L’évaluation à 72 heures doit être également effectuée. Par ailleurs, un patient affecté par des bactéries sécrétrices de carbapénèmase doit être isolé seul dans une salle indépendante, loin des autres patients. La limitation de l’utilisation des antibiotiques à large spectre dans les hôpitaux permet d’éviter la pression de sélection des germes et l’émergence de nouvelles souches multi-résistantes. Par ailleurs, la surveillance épidémiologique des Résistances aux Antimicrobiens (RAM)  et le laboratoire de microbiologie jouent un rôle très important dans la prévention de l’émergence des souches de BMR.

Par ailleurs, l’émergence des entérobactéries productrices de carbapénèmases représente un véritable risque de santé publique. Outre l’inactivité de l’ensemble des molécules thérapeutiques de la classe des bêta-lactames, ces bactéries présentent fréquemment de multiples mécanismes de résistances qui peuvent conduire à une impasse thérapeutique. Ainsi, ces souches nécessitent d’être rapidement et efficacement détectées afin de prendre au plus vite les mesures préventives et thérapeutiques appropriées vis à vis des patients qui les hébergent. Leur détection peut parfois se révéler difficile mais de nouveaux moyens font peu à peu leur apparition afin de faciliter leur mise en évidence au laboratoire de microbiologie (24-25). Le médecin biologiste doit toujours alarmer le clinicien dès qu’il identifie une entérobactérie sécrétrice de carbapénèmase et doit lui informer du danger lié à la propagation de ce germe dans son service d’hospitalisation. Il ne suffit pas d’isoler le patient. Il est important également de chercher l’origine de cette contamination et de prendre les mesures d’hygiène adéquate pour stopper sa propagation dans le service d’hospitalisation.

Concernant la comparaison des résistances aux antibiotiques des germes, les entérobactéries du groupe KES étaient significativement plus résistantes à l’AMC, à la tobramycine, au cotrimoxazole et au chloramphénicol par rapport aux autres entérobactéries. Parmi ces 4 antibiotiques, 3 sont utilisés fréquemment dans la communauté par les médecins généralistes pour le traitement empirique des maladies infectieuses ou directement par la population dans le cadre de l’automédication. Ainsi, le groupe KES qui est présent de façon importante dans la communauté devient de plus en plus virulent à l’origine de cette multi-résistance. En effet, selon la littérature, l’hypervirulent Klebsiella pneumoniae (hvKp) est un germe évolutif qui est plus virulent que le Klebsiella pneumoniae classique (Kpc). Le hvKp infecte généralement les individus de la communauté, qui sont souvent en bonne santé. Les infections sont plus fréquentes dans la région Asie-Pacifique, mais elles se produisent à l’échelle mondiale. L’infection à hvKp se manifeste fréquemment sur plusieurs sites ou se propage par la suite de manière systémique aboutissant à bactériémie (26). Par ailleurs, les agents pathogènes ESKAPE dont fait partie le groupe KES se caractérisent par des niveaux accrus de résistance à plusieurs classes d’antibiotiques de première et de dernier recours. Bien que ces agents pathogènes soient souvent isolés des environnements cliniques et qu’ils soient impliqués dans une variété d’infections nosocomiales potentiellement mortelles, des souches d’ESKAPE résistantes aux antibiotiques ont été isolées dans des réservoirs environnementaux telles que les eaux de surface, les eaux usées, les aliments et le sol (27). Ces constatations démontrent que la propagation communautaire de bactéries multirésistantes représente un grand problème de santé publique lié essentiellement aux traitements empiriques des maladies infectieuses et au mésusage des antibiotiques dont l’amoxicilline arrive au premier rang. De plus, selon une étude de Van Duin et Paterson, une menace mondiale importante à l’horizon est représentée par la production de carbapénèmases par Kphv d’origine communautaire. De telles souches ont déjà été trouvées en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. La prévention de la propagation communautaire de bactéries multirésistantes est de la plus haute importance et nécessitera une approche multidisciplinaire impliquant toutes les parties prenantes (28).

Par ailleurs, la présente étude a trouvé que les entérobactéries du groupe KES étaient significativement moins résistantes à l’imipenème, à l’amikacine et aux quinolones par rapport aux autres entérobactéries. Ainsi, le traitement de référence des bactériémies à entérobactéries du groupe KES multi-résistant est actuellement représenté par les carbapénèmes (Imipénème) et l’aminoside à large spectre qui est l’Amikacine. Néanmoins, il est très important de préserver l’efficacité de ces deux molécules à large spectre autant que possible en limitant leur utilisation et en utilisant d’autre antibiotiques tels que les quinolones qui sont également efficaces contre le groupe KES.   

En guise de recommandations, une hémoculture d’urgence avec antibiogramme doit être effectuée en cas de suspicion de bactériémie à entérobactérie du groupe KES. Un traitement probabiliste peut être effectué après le prélèvement et sera rapidement réajusté dès que l’antibiogramme a été effectué. Par ailleurs, il ne faut pas tout de suite traiter le patient avec un antibiotique à large spectre mais choisir un antibiotique à spectre étroit mais efficace contre le germe retrouvé. Par ailleurs, un patient affecté par des BMR doit être isolé des autres patients et les mesures d’hygiène devraient être strictes dans les salles d’hospitalisation. Finalement, il est important de préserver l’efficacité des molécules à large spectre en contrôlant leur utilisation afin d’éviter l’émergence des souches multi-résistantes pouvant aboutir à l’impasse thérapeutique.  

Conclusion

            Plus d’un tiers des entérobactéries responsables de bactériémie ont été représenté par le groupe KES. Ce groupe est présent à la fois dans la communauté et en milieu hospitalier. Dans la communauté, les antibiotiques utilisés pour le traitement empirique des maladies infectieuses ou pour automédication deviennent de moins en moins efficace contre les entérobactéries du groupe KES communautaires. Ces germes sont retrouvés à l’hôpital et provoquent des infections systémiques redoutables telles que les bactériémies. Par contre, la présente étude a trouvé que les antibiotiques à large spectre tel que l’Imipenème et l’Amikacine restent efficace contre le groupe KES. Ainsi, il est très important de préserver l’efficacité de ces molécules en limitant leur utilisation et en respectant strictement les mesures d’hygiène hospitalière. Cette hygiène hospitalière comprend l’asepsie et l’antisepsie, l’hygiène des mains en milieu hospitalier, la tenue professionnelle en milieu de soins, l’isolement hospitalier, le traitement des dispositifs médicaux, la politique de bon usage des antibiotiques à l’hôpital, la formation en hygiène hospitalière, la qualité des soins et hygiène hospitalière ainsi que la gestion des risques hospitaliers. Par ailleurs, la surveillance épidémiologique des Résistances aux Antimicrobiens (RAM)  et le laboratoire de microbiologie jouent un rôle très important dans la prévention de l’émergence des souches de BMR.

            Puisque la présente étude a été limité au laboratoire du CHUJRB et donc non représentative de tous les hôpitaux d’Analamanga, des perspectives d’avenir sont proposé notamment l’étude des résistances aux antibiotiques des entérobactéries du groupe KES dans plusieurs laboratoires des CHU d’Antananarivo afin d’avoir des données plus représentatives de la population générale. Néanmoins, les résultats de la présente étude ont quand-même permis d’avoir une vision sur les résistances aux antibiotiques de ces entérobactéries et incitent à prendre des mesures pérennes et efficaces pour lutter contre la propagation de ces BMR. De même, la recherche de Partenaires Techniques et Financiers (PTF) pour un approvisionnement continu en flacons d’hémoculture serait un atout pour tous les laboratoires publics de bactériologie car ces flacons coûtent de plus en plus chers actuellement et la majorité des patients n’arrivent pas à s’en procurer. Au laboratoire du CHUJRB, les flacons d’hémoculture marque OXOID ®seront remplacés ultérieurement par les flacons d’hémoculture BACTEC® qui coutent largement moins chers et seront un grand atout pour les patients atteints de bactériémie.

Remerciements

            Nous adressons nos sincères remerciements au Directeur d’Etablissement du CHUJRB pour nous avoir autorisé la réalisation de ce présent travail. De même, nos remerciements vont à l’endroit de tout le personnel du laboratoire du CHUJRB notamment les techniciens de laboratoire qui ont permis la bonne conduite de la présente étude en respectant les normes exigés.

Conflits d’intérêt : aucun

 

Références

  1. Smith DA, Nehring SM. Bacteremia. 2023. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024.
  2. Li D, Huang X, Rao H, Yu H, et al. Klebsiella pneumoniae bacteremia mortality: a systematic review and meta-analysis. Front Cell Infect Microbiol. 2023;13:1157010.
  3. Drozdinsky G, Neuberger A, Rakedzon S, Nelgas O, et al. Treatment of Bacteremia Caused by Enterobacter spp.: Should the Potential for AmpC Induction Dictate Therapy? A Retrospective Study. Microb Drug Resist 2021;27:410-14.
  4. Mehdi A, Trifi A, Abbes S, Seghir E, et al. Bacteremia due to Serratia rubidaea in intensive care unit: a case series. J Med Case Rep 2023;17:482.
  5. OMS, FAO, OIE. Résistance aux antimicrobiens et plan-cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable : orientations pour les équipes de pays des Nations Unies (2021). Disponible sur le site : https://www.woah.org/app/uploads/2021/10/unsdcf-amr-guidance-web-final-fr.pdf

(Consulté le 20 Juillet 2023).

  1. Drug-resistant infections : a threat to our economic future. Washington DC : Groupe de la Banque mondiale (2017). Disponible sur le site : (https://www.worldbank.org/en/topic/health/publication/drug-resistant-infections-a-threat-to-our-economic-future) (Consulté le 09 Février 2024).
  2. Ramanampamonjy MTM, Rasamoelison RJ, Samena HSC, rambeloson SH, et al. Facteurs de risque de bactériémie nosocomiale néonatale au Centre Hospitalier Universitaire Mère-Enfant Tsaralalana, Antananarivo, Madagascar. Rev Anesth – Réanim Med Urg Toxicol. 2022;14 : 1-5.
  3. Rakotovao-Ravahatra ZD, Randriatsarafara FM, Rakotovao AL, Rasamindrakotroka A. Prevalence and factors associated with extended-spectrum β- lactamase producing Enterobacteriaceae bacteraemia in University Hospital of Befelatanana, Madagascar. Afr J Clin Exper Microbiol 2021; 22: 52-9.
  4. Chang D, Sharma L, Dela Cruz CS, Zhang D. Clinical Epidemiology, Risk Factors, and Control Strategies of Klebsiella pneumoniae Infection. Front Microbiol 2021;12:750662.
  5. Société Française de Microbiologie. Tableaux des concentrations critiques pour l’interprétation des CMI et des diamètres critiques des zones d’inhibition. In : CA-SFM / EUCAST : Société Française de Microbiologie Ed ; 2023 : 47-60.
  6. Tadesse S, Mulu W, Genet C, Kibret M, et al. Emergence of High Prevalence of Extended-Spectrum Beta-Lactamase and Carbapenemase-Producing Enterobacteriaceae Species among Patients in Northwestern Ethiopia Region. Biomed Res Int 2022;2022:5727638.
  7. Biehl LM, Schmidt-Hieber M, Liss B, Cornely OA, et al. Colonization and infection with extended spectrum bêta-lactamase producing Enterobacteriaceae in high-risk patients - Review of the literature from a clinical perspective. Crit Rev Microbiol 2016;42:1-16.
  8. Tadesse S, Mulu W, Genet C, Kibret M, et al. Emergence of High Prevalence of Extended-Spectrum Beta-Lactamase and Carbapenemase-Producing Enterobacteriaceae species among Patients in Northwestern Ethiopia Region. Biomed Res Int 2022;2022:5727638.
  9. Dong N, Yang X, Chan EW, Zhang R, et al. Klebsiella species: Taxonomy, hypervirulence and multidrug resistance. EBioMedicine 2022;79:103998.
  10. Davin-Regli A, Lavigne JP, Pagès JM. Enterobacter spp. : Update on Taxonomy, Clinical Aspects, and Emerging Antimicrobial Resistance. Clin Microbiol Rev 2019;32:e00002-19.
  11. Gupta V, Sharma S, Pal K, Goyal P, et al. Serratia, No Longer an Uncommon Opportunistic Pathogen - Case Series & Review of Literature. Infect Disord Drug Targets 2021;21:e300821191666.
  12. Holmes CL, Wilcox AE, Forsyth V, Smith SN, et al. Klebsiella pneumoniae causes bacteremia using factors that mediate tissue-specific fitness and resistance to oxidative stress. PLoS Pathog 2023;19:e1011233.
  13. Kang CI, Chung DR, Ko KS, Peck KR, et al. Clinical predictors of Enterobacter bacteremia among patients admitted to the ED. Am J Emerg Med 2012;30:165-169.
  14. McCann T, Elabd H, Blatt SP, Brandt DM. Intravenous Drug Use: a Significant Risk Factor for Serratia Bacteremia. Ther Adv Infect Dis 2022;9:1-9.
  15. Karkey A, Joshi N, Chalise S, Joshi S, et al. Outbreaks of Serratia marcescens and Serratia rubidaea bacteremia in a central Kathmandu hospital following the 2015 earthquakes. Trans R Soc Trop Med Hyg 2018;112:467-72.
  16. Randriatsarafara FM, Ralamboson J, Rakotoarivelo R, Raherinandrasana A, et al. Consommation d’antibiotiques au Centre Hospitalier Universitaire d’Antananarivo : prévalence et défis stratégiques. Santé Publique 2015;27:249-55.
  17. Tello A, Austin B, Telfer TC. Selective pressure of antibiotic pollution on bacteria of importance to public health. Environ Health Perspect 2012;120:1100-6.
  18. Wattal C, Goel N. Pediatric Blood Cultures and Antibiotic Resistance: An Overview. Indian J Pediatr. 2020 Feb;87(2):125-131. doi: 10.1007/s12098-019-03123-y. Epub 2019 Dec 21. Erratum in: Indian J Pediatr. 2020 Jun;87(6):486. PMID: 31863394; PMCID: PMC6974494.
  19. Nordmann P, Carrer A. Les carbapénèmases des entérobactéries. Archives de Pédiatrie.2010;17:S154- S162.
  20. Guidance for Control of Infections with Carbapenem-Resistant or Carbapenemase-Producing Enterobacteriaceae in Acute Care Facilities. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2009;58: 256–60.
  21. Russo TA, Marr CM. Hypervirulent Klebsiella pneumoniae. Clin Microbiol Rev 2019;32:e00001-19.
  22. Denissen J, Reyneke B, Waso-Reyneke M, Havenga B, et al. Prevalence of ESKAPE pathogens in the environment: Antibiotic resistance status, community-acquired infection and risk to human health. Int J Hyg Environ Health 2022;244:114006.
  23. van Duin D, Paterson DL. Multidrug-Resistant Bacteria in the Community: An Update. Infect Dis Clin North Am 2020;34:709-22.